L'arme alimentaire

revue de livre 12 | 04 | 2007

L’arme alimentaire

Coincée entre les ultralibéraux et les altermondialistes partisans d’une vision bucolique et régressive, l’agriculture française est-elle menacée de disparaître

Lors du débat organisé le 21 février 2007 par l’Association française des journalistes agricoles (AFJA), Christian Pèes, président du groupe coopératif Euralis, a appelé l’agriculture à ouvrir ses enjeux aux citoyens. « L’agriculture française est refermée sur elle-même », regrette-t-il. Cette attitude laisse la communication agricole aux seules mains des partisans de l’altermondialisme et de l’ultralibéralisme.

C’est pour cette raison que Christian Pèes a décidé de rédiger L’arme alimentaire. Les clés de l’indépendance. Clairement destiné au grand public, cet ouvrage à la fois passionné et pédagogique a surtout le mérite d’apporter quelques clarifications quant au métier d’agriculteur aujourd’hui. « En 2013, si l’on n’y prend garde, l’agriculture mondiale aura basculé du côté ultralibéral. Et la nôtre sera sur une voie de garage », s’inquiète-t-il. Or, « quelle France voulons-nous pour demain, sur la scène mondiale ? Quelle agriculture ? Quelle alimentation ? Quel environnement ? Combien d’agriculteurs ? » Selon lui, « 
pendant longtemps, nous nous sommes voilé la face en voulant tout. Une France exportatrice (subventions aux exportations !) mais bucolique (subventions aux projets environnementaux !), high-tech (vive la science !) mais bio (à bas les OGM !), compétitive (au temps pour les Américains !) mais sociale (vive les petits paysans !) ».

L’impasse des idéologies

Pour l’auteur, il est temps de choisir. Et les échéances fixées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont au moins l’avantage de contraindre la France à se réveiller. « Ensemble, nous devons nous interroger : notre pays a-t-il sa place dans la grande épopée mondiale de l’alimentaire et de l’énergie ? Si la réponse est non, déléguons à d’autres le soin de nous nourrir, de nous chauffer et de faire tourner nos industries, avancer nos voitures... Tout en priant le Ciel que des tiers malintentionnés n’aillent jamais brandir contre nous les armes alimentaire et énergétique, les plus imparables qui soient. Si la réponse est oui, en revanche, nous devons nous donner d’urgence les moyens de jouer notre partie. » Et cette partie ne pourra être gagnée que si l’on sort de « l’impasse des idéologies », selon Christian Pèes, qui renvoie dos-à-dos « la mondialisation et son étendard cousu de cynisme libéral » et « l’altermondialisme et son aveuglement donquichottesque ». « Nous sommes quelques-uns à croire qu’il existe une tierce voie, et que les convictions des uns et des autres pourraient s’y retrouver », poursuit le président d’Euralis, qui propose donc « une troisième voie, qui tient de l’altermondialisme son souci de l’humain et du libéralisme son respect du marché. [...] L’agriculture française, européenne, peut être productive, rentable et respectueuse de l’environnement dans le contexte de la mondialisation. Non seulement elle le peut, mais elle le doit ! Elle n’a pas le choix », affirme-t-il.

La rupture technologique

Nul doute que sa critique envers l’OMC pourra fédérer le monde agricole. En revanche, il est peu probable qu’il en soit de même de son adhésion à la « rupture technologique » que constituent les biotechnologies. Pour Christian Pèes, « les Faucheurs volontaires se trompent de combat. [...] A moins qu’il ne s’agisse d’une volonté délibérée de ramener l’humanité au Moyen Age pour protéger Gaïa. Le mythe de la décroissance. Après tout, pourquoi pas ? Encore faut-il que les humains le souhaitent... Ce n’est pas mon opinion. » Et ce n’est clairement pas celle des représentants des quelque 15 000 maïsiculteurs adhérents à sa coopérative, qui après deux années de baisse de récoltes à moins 15 %, dues à des attaques massives de parasites (notamment consécutives à l’interdiction des traitements de semences comme le Gaucho, le Poncho ou le Régent TS), se déclarent nombreux à vouloir passer aux OGM. Pour Christian Pèes, cette orientation ne pourra se concrétiser qu’avec l’adhésion du grand public. « L’agriculture française peut prendre un nouvel essor - ou mourir. A vous, citoyens de France, à vous, hommes politiques, d’en décider », écrit-il en conclusion de son livre, qui vise avant tout à ce que le lecteur dispose de tous les éléments pour bien choisir. Un pari qui n’est pas gagné d’avance !

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