Laurent Cabrol / climat : et si la planète s'en sortait toute seule

revue de livre 09 | 06 | 2008

Laurent Cabrol / climat : et si la planète s’en sortait toute seule

Spécialiste de la météo depuis vingt-cinq ans, Laurent Cabrol s’insurge contre la pensée unique dans un essai décapant qui ouvre une porte « pour ébrécher le consensus » et alimenter « un débat jamais vraiment ouvert ».

Quelle mouche a donc piqué Laurent Cabrol pour qu’il ose réfuter la thèse hégémonique selon laquelle le changement climatique serait d’origine anthropique ? Réponse du célèbre présentateur météo français : « Ma pensée a cheminé au rythme de l’exaspération suscitée par ce tintamarre médiatico-politique autour du réchauffement de la planète. » Toutefois, il précise : « Je ne conteste pas ce réchauffement, je fus même l’un des premiers à l’inclure dans mes propos météorologiques. Mais je réfute que l’on accuse l’homme de tous les maux sans tenir compte de la variabilité naturelle du climat et de l’approximation des recherches. »

Le rôle inconnu des océans

Sans prétention et dans un style plus proche du journal de bord que de la thèse scientifique, Laurent Cabrol rappelle quelques vérités. Tout d’abord, le rôle des océans, qui occupent 70 % de la surface de la Terre et dont l’inertie est telle que le climat qui est le nôtre aujourd’hui aurait peut-être été déterminé il y a quelques siècles. Le climat actuel serait « la faute à Louis XIII, qui a régné sous un siècle de douceur », lance le journaliste en forme de « boutade de climatologue ». Plus sérieusement, Laurent Cabrol explique que « l’inertie thermique de l’eau est telle que, depuis soixante-dix ans, les océans se réchauffent plus lentement que l’atmosphère. En ce moment, ils accumulent et stockent une énergie calorifique colossale et ils vont un jour la libérer, quoi que nous fassions. » Mais si le réchauffement de la couche d’eau, qui s’amplifie chaque année, provoque une dilatation de l’eau et par conséquent une montée des océans, il provoque également une plus grande évaporation, qui refroidit les océans et influence grandement la formation des nuages. Vaste problème, bien difficile à modéliser ! « L’océan va-t-il s’adapter à ce surcroît de chaleur ? Ou le rejeter ? », se demande Laurent Cabrol, qui ne peut pas plus apporter de réponse que les 2.000 experts du Groupement intergouvernemental d’experts sur le changement climatique des Nations-Unies (GIEC).

Et ce n’est pas la seule surprise que nous réservent les océans. Ceux-ci hébergent en effet deux bactéries, Prochloroccus et Synechococcus, qui existent par milliards dans les eaux de surface : « Découvertes dans les années 1980 (c’était hier), elles sont des actrices de tout premier plan dans l’évolution du climat puisqu’elles avalent des quantités astronomiques de CO2 ». Or, on ne sait pas grand-chose à leur sujet, ces petites bactéries dévoreuses de CO2 n’ayant été révélées qu’il y a moins de trente ans. « N’est-il pas troublant de penser que tout ce petit monde invisible à l’oeil nu tient notre avenir dans ses mains ? », s’interroge Laurent Cabrol, qui rappelle qu’avant de formuler trop de certitudes, il y a urgence « de penser que nous avons d’autres découvertes à faire ». Comme par exemple de mieux comprendre pourquoi les mers australes absorbent plus de carbone que les mers boréales ; un phénomène que l’on attribue aujourd’hui au fait que les mers du Sud ont une teneur supérieure en fer, ce qui faciliterait la photosynthèse du phytoplancton qui se nourrit de ces deux bactéries. Mais cette explication suffit-elle ?

Le rôle du Soleil

Après quelques remarques pertinentes sur le « paradoxe nuageux » – autre sujet des plus complexes –, sur le rôle des forêts tropicales dans l’absorption du gaz carbonique, sur les glaciers qui fondent ou qui ne fondent pas et sur la fiabilités des mesures de températures, Laurent Cabrol aborde LE sujet tabou : le rôle du Soleil. « C’est une opinion partagée par certains scientifiques qui affirment, avec bon sens, que le Soleil étant notre unique source de chaleur, il agit forcément sur le climat », soulignet-il. Et de citer les travaux d’Edouard Bard, professeur au Collège de France, sur l’activité magnétique du Soleil, ou de l’astronome serbe Milan Kovitch, qui a démontré que la température de la planète variait selon un cycle déterminé par l’excentricité de l’orbite terrestre, l’inclinaison de l’axe de rotation et sa précession (rotation sur cet axe). « Ces chercheurs ont-ils voix au chapitre ? NON.Il a été décidé que le Soleil n’avait aucune influence sur le réchauffement, et on va s’en tenir là.Tout au plus admet on qu’il joue un rôle aggravant. Avouez que cette pensée unique a de quoi irriter », s’insurge Laurent Cabrol.

« La climatologie est une science trop jeune pour asséner des vérités définitives. La recherche océanographique est balbutiante, or l’océan tient la clé de notre mystère », rappelle avec beaucoup de sagesse le météorologiste. Une sagesse qui fait cruellement défaut à la plupart des organes de presse. « Je cherche les radios ou les télés qui émettent, ne serait-ce que quelques secondes, des réserves sur les infos qu’elles donnent à propos du réchauffement. Sur ce sujet, aussi aléatoire, imprécis, incertain, balbutiant et grave à la fois, où est l’esprit critique ? », se demande Laurent Cabrol, qui déclare en guise de conclusion : « Si nous pensons tous la même chose, c’est que nous ne pensons plus rien. »

Des intérêts convergents

A moins qu’il n’y ait une autre raison à cette pensée unique. L’hypothèse du journaliste mérite que l’on s’y intéresse. Sous le titre « Un coup d’Etat masqué », il écrit : « Reconnaissons qu’il y a, dans cette saga du réchauffement, rencontre d’intérêts entre nos gouvernements et les partisans de l’écologie... Nos gouvernants ont le souci de freiner la consommation d’origine fossile, le pétrole en particulier, et les pays dits développés ont pour objectif non avoué de retarder l’explosion des pays émergents (Chine et Inde) qui ont une frénésie d’expansion fulgurante. […] Les écolos, eux, trouvent dans cette grande quête un moyen de prendre le pouvoir ou en tout cas, d’imposer leurs idées, ce qu’ils n’auraient jamais pu faire dans les urnes. Imaginons un gouvernement écolo nous obligeant à moins circuler, à réduire la température de nos appartements, et taxant certains véhicules : échec total ! Mais en nous effrayant et en poussant le spectre d’une Terre en folie, le pouvoir est pris sur nos consciences et notre sensibilité. Bravo ! »

Voilà qui risque fort de déplaire à la bien-pensance. Raison de plus pour lire
l’essai de Laurent Cabrol !

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