Le gâchis : dix années de turpitudes françaises sur les OGM

revue de livre 04 | 03 | 2006

Le gâchis : dix années de turpitudes françaises sur les OGM

OGM : Le gâchis est un livre rédigé par un « ancien » de Monsanto, en réaction au « harcèlement systématique (...) vis-à-vis de cette société inconnue pour la plupart jusqu’à son engagement récent dans les biotechnologies ». Son auteur, l’ingénieur-agronome Gérard Kafadaroff,a douloureusement vécu « ces attaques inqualifiables, délibérément blessantes et répétées contre Monsanto. (...) C’est d’ailleurs la raison majeure de ce livre. »

Le lecteur est donc prévenu : il s’agit d’un réquisitoire engagé ! D’emblée, l’auteur annonce la couleur : « L’ampleur de la contestation et l’ancrage de la peur liés à l’adoption des biotechnologies végétales en Europe et surtout en France ont de quoi surprendre. » Rédigés avec la passion de l’homme meurtri, les douze chapitres du livre constituent un plaidoyer pour « sortir de dix années de turpitudes françaises  », « d’imbroglios » et « de repliement hexagonal ». Gérard Kafadaroff passe en revue les principales interrogations soulevées par les OGM : «  Les OGM peuvent-ils provoquer des allergies ?, menacent-ils la biodiversité ?, condamnent-ils l’agriculture biologique ?  », etc. ; toutes questions auxquelles il répond en termes simples.

De Terminator au Monarque

Gérard Kafadaroff se montre particulièrement à l’aise lorsqu’il aborde les sujets qui ont suscité de virulentes controverses médiatiques, comme la technique baptisée “Terminator“ par les anti-OGM et «  attribuée à tort à Monsanto, alors que le brevet a été déposé conjointement par le ministère américain de l’Agriculture et une société semencière, Delta and Pine land  ». Cette technique a été développée précisément pour apporter une première solution aux risques de dissémination non contrôlée. « En toute logique, [elle] aurait dû réjouir ou rassurer les détracteurs des OGM, tout au moins ceux ayant une sensibilité écologiste », remarque l’auteur, qui par la même occasion, rappelle que les hybrides de maïs développés par l’Inra et « que l’agriculteur doit racheter tous les ans » n’ont jamais suscité de telles polémiques.

L’ingénieur-agronome s’attache ensuite au cas du Monarque, « décimé par le maïs Bt ». « L’affaire du splendide papillon migrateur Monarque est dans une certaine mesure l’illustration de cette tactique jouant sur l’habileté, l’amalgame et le mensonge », déclare-t-il. L’auteur brosse un bref historique de l’affaire, qui débute en mai 1999 avec la publication dans Nature des résultats d’un essai de laboratoire montrant une mortalité de larves de papillon Monarque s’élevant à 44%, après quatre mois de consommation de feuilles de laiterons saupoudrés de pollen de maïs transgénique Bt. Or, note Gérard Kafadaroff, bien que le coordinateur de l’étude, le Pr J. Losey, se soit empressé de couper court aux interprétations abusives de ses travaux, « le virus de la désinformation s’est répandu très vite chez tous les pourfendeurs des OGM de la planète ». Il faudra attendre « les trop discrètes contre-expertises de l’Inra » et les six articles de l’Académie américaine des sciences, publiés en 2001, « pour enfin calmer le jeu après trois années de polémique, qui bien sûr auront laissé des empreintes dans les esprits ».

La supercherie de Schmeiser

Enfin, Gérard Kafadaroff revient sur le cas de Percy Schmeiser, symbole du « combat moral d’un vieil agriculteur contre la puissante multinationale sans scrupule ». Alors que M. Schmeiser prétendait ne pas cultiver d’OGM, on avait retrouvé du colza OGM dans ses champs. L’agriculteur expliquait cette présence bien gênante par la dissémination de pollen transgénique provenant de champs d’agriculteurs voisins. Or, sa « supercherie a été démontrée  » lors d’un premier procès en 2001, au cours duquel il a été établi qu’il avait «  semé 3 acres de colza GM en 1997 et ressemé les graines l’année suivante pour cultiver 1030 acres de colza GM (soit environ 400 hectares), sans s’acquitter des taxes liées au contrat d’achat de semences brevetées ». Condamné en appel en 2002, le « héros » a vu son jugement confirmé en 2004 par la Cour Suprême du Canada.

Des détracteurs fustigés

L’analyse de l’auteur sur les motivations des opposants aux OGM n’est en revanche pas très convaincante. Comme le note l’agence de presse Actuagri, « l’auteur n’attribue aucune légitimité aux arguments de ses détracteurs et les fustige sévèrement ». Pour Gérard Kafadaroff, l’opposition aux OGM relève essentiellement de l’ignorance ou de l’idéologie. Il distingue d’une part « les militants du début, les “précurseurs“ », parmi lesquels Les Amis de la Terre, la Confédération paysanne et Greenpeace ; d’autre part, « les suiveurs, regroupant de nombreuses associations ou collectifs écologistes, (...) mais aussi le Parti de la Loi Naturelle, le Front national et même le Parti Socialiste ». S’y ajoutent « les penseurs : de René Riesel aux quelques personnalités issues du monde scientifique, le plus souvent rejetées par leurs pairs : Jacques Testard, Gilles-Eric Séralini, Jean-Pierre Berlan, Jean-Marie Pelt » ; et enfin « les croisés de la “malbouffe“, avec leurs grands défenseurs médiatiques, les inconditionnels producteurs ou consommateurs de l’agriculture bio, les traumatisés à vie par le poulet à la dioxine, le veau aux hormones ou le steak de bœuf nourri aux farines de viande. » C’est un peu rapide.

Son livre ne saurait convaincre un opposant. En revanche, il peut rassurer un lecteur indécis ; ce qui, dans le climat de phobies actuel, n’est pas sans mérite.

Gérard Kafadaroff
Edition : Le Publieur
prix : 19 euros - septembre 2005
Fort de sa longue expérience chez Monsanto, Gérard Kafadaroff livre dans un ouvrage volontairement militant ses réflexions sur la controverse entourant les OGM.

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