« Etat d'Urgence » : Un best-seller contre le rechauffement climatique

revue de livre 21 | 08 | 2006

« Etat d’Urgence » : Un best-seller contre le rechauffement climatique

Michael Crichton, le père de Jurassic Park, s’est lancé dans une croisade contre l’écologisme catastrophiste, « la plus puissante des religions de l’Occident ».

Avec plusieurs millions d’exemplaires vendus aux Etats-Unis, le livre de Michael Crichton Etat d’Urgence (State of Fear) est devenu un best-seller. Il est vrai que l’auteur de Jurassic Park et de la série télévisée Urgences a lancé une vraie polémique. Son dernier roman lui vaut d’ailleurs d’être accusé de faire le lit de Karl Rove, le très controversé conseiller néo-conservateur de George W. Bush, et d’être à la solde des compagnies pétrolières.

C’est que l’auteur s’est engagé dans une véritable croisade contre ceux qui « ne cessent de nous effrayer, d’agiter de fausses menaces ». Dans une lettre ouverte disponible sur Internet, Michael Crichton déclare que « le plus grand défi de l’humanité est de savoir distinguer entre la réalité et la fantaisie, la vérité et la propagande ». Or, pour lui, l’écologisme est devenu « la plus puissante des religions de l’Occident », vecteur de mythologies modernes pour les « urbains athées » en quête de nouvelles croyances. Elle a ses prédicateurs, qui ont annoncé tour à tour « la fin du pétrole », « la fin des matières premières », que « soixante millions d’Américains allaient mourir de faim dans les années quatre-vingts » ou que « la moitié des espèces allait disparaître avant l’an 2000 ». « Avec de telles prédictions erronées, on pourrait
s’attendre à ce que les prévisions des écologistes soient plus prudentes »
, s’étonne le romancier. Or, force est de constater que ce n’est pas le cas.

Les fantaisies mythiques

Pour Michael Crichton, il est temps de « changer de façon radicale notre manière de penser l’écologisme. [...] Nous devons sortir l’écologisme de la sphère de la religion. Nous devons arrêter les fantaisies mythiques et les prédictions apocalyptiques ». Pour amener ses lecteurs à prendre conscience du problème, Michael Crichton a choisi pour thème de son roman un sujet qui a priori fait l’objet du plus large consensus : le réchauffement climatique. Après s’être abondamment documenté sur les courbes de températures publiées par les organismes officiels, il a découvert que « les preuves du réchauffement ne sont pas aussi convaincantes qu’on l’affirme. Ce ne sont que des projections calculées par ordinateurs, à partir de modèles discutables et dont les résultats varient de 400 %. Si un gouvernement osait publier des projections budgétaires pour le siècle à venir, tout le monde rigolerait ». En outre, Michael Crichton a réalisé que « le désert du Sahara décroît, et que les quantités de glace dans l’Antarctique augmentent ».

Des certitudes mises à mal

A travers sa fiction qui relate l’histoire d’une organisation écologiste prête à déclencher des catastrophes naturelles pour pouvoir prouver ses thèses, Michael Crichton révèle au lecteur toutes les contradictions des théories qui sont à la base du réchauffement climatique. Ainsi, au fil du récit, Peter Evans, l’avocat d’un milliardaire qui finance un mouvement écologiste international, est entraîné dans une course-poursuite qui le précipite de l’Antarctique aux forêts vierges de Mélanésie, en passant par les déserts d’Arizona. C’est l’occasion pour l’auteur de mettre à mal les certitudes de l’avocat - et celles du lecteur. Ainsi, apprend Evans, le niveau des océans ne s’élève pas depuis les temps modernes, mais depuis le début de
l’holocène (depuis plus de six mille ans) au rythme de dix à vingt centimètres par siècle, avec des variations considérables. De même, bien que le niveau du Pacifique Nord ait augmenté, celui du Pacifique Sud a baissé de plusieurs millimètres ces dernières années. « Si l’augmentation du taux de CO2 est la cause de l’élévation des températures, pourquoi ne se sont-elles pas élevées entre 1940 et 1970 ? », s’interroge encore Evans. Survolant l’immense masse de glace de l’Antarctique, il découvre un « continent qui fait une fois et demie la taille de l’Europe ou des Etats-Unis et contient quatre-vingt-dix pour cent de la glace de toute la planète. [...] La majeure partie de l’eau congelée de notre planète se trouve sur le continent antarctique ». Or, explique l’un des personnages du livre, « l’ensemble du continent se refroidit et l’épaisseur de la glace augmente ». Bien entendu, il reste le Groenland et les glaciers (le Kilimandjaro, les Alpes, l’Himalaya, les glaciers de Suède, de Norvège, du Canada et de Sibérie), qui représentent à eux tous à peine 6 % des glaces. Mais de ces 160.000 glaciers de notre planète, très peu ont été étudiés avec soin. On ne dispose en effet de mesures s’étendant sur cinq ans ou plus que pour soixante-dix d’entre eux, explique Michael Crichton - qui fournit en bas de page les références scientifiques de l’ensemble de ses affirmations. En outre, les difficultés d’interprétation des données sont nombreuses. C’est ce que montre en particulier l’exemple du Kilimandjaro, qui « fond rapidement depuis les années 1800, bien avant que l’on parle du réchauffement climatique. La fonte de ce glacier a fait l’objet de nombreuses études depuis plus d’un siècle. Ce phénomène reste un mystère : Ie Kilimandjaro se trouve dans une région chaude. Les mesures satellite effectuées dans cette région ne montrent aucun signe d’élévation de la température à l’altitude du Kilimandjaro. Alors, pourquoi fond-il ? », se demande Crichton, à travers l’un de ses héros. « A cause de la déforestation. La forêt pluviale, qui s’étend au pied du massif volcanique, ayant été en partie détruite, l’air qui remonte a perdu son humidité. Les spécialistes pensent que si la forêt est replantée, Ie glacier regagnera du terrain », répond-il.

Graphiques à l’appui, Evans prend également conscience que les relevés officiels de températures ne sont pas homogènes. Ainsi, si l’on a mesuré une élévation de 5°F à New York depuis cent cinquante ans, la température moyenne n’a en revanche pas bougé d’un seul degré depuis 1826 à West Point, ville située à moins de cent kilomètres de New York. « Peut-être que nous mesurons autre chose qu’un effet global, comme par exemple les effets de
l’urbanisation ? »,
se demande l’auteur, qui s’offre même le luxe de citer les écrits du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), « une organisation politique et non scientifique » qui fait autorité pour expliquer que le réchauffement planétaire constitue une menace à l’échelle mondiale. Or, selon les rapports du Giec, « rien ne montre que des évènements climatiques extrêmes ou une variabilité d’un climat aient augmenté globalement au cours du XXe siècle... » Enfin, quelle n’est pas la stupéfaction de l’avocat lorsqu’il se rend compte que la phrase publiée dans le rapport officiel du Giec en 1995, qui affirmait que l’on constatait à présent une « influence perceptible des activités humaines sur le climat », ne figure pas dans le rapport remis par les scientifiques ! « Dans le document original, il était dit que les scientifiques ne pouvaient mettre en évidence une influence des activités humaines sur le climat et qu’ils ignoraient quand ils seraient en mesure de le faire. Ce passage a été supprimé et remplacé par cette affirmation qu’il existait une influence perceptible des activités humaines », rappelle Michael Crichton.

Etat d’Urgence, ou plus exactement Etat de peur, se veut une offensive contre nos angoisses illégitimes : « Les nations industrialisées fournissent aux populations sécurité, soins médicaux et confort à des niveaux sans précédent. La durée de vie moyenne a
augmenté de cinquante pour cent au cours du dernier siècle. Les gens vivent malgré cela dans une peur abjecte. lls ont peur des inconnus, des maladies, de la criminalité, de l’environnement. Ils ont peur des maisons dans lesquelles ils vivent, de la nourriture qu’ils mangent, de la technologie qui les entoure. Ils sont terrorisés par ce qu’ils ne peuvent même pas voir : les microbes, les produits chimiques, les additifs, les polluants. Plus étonnant encore, ils sont convaincus que l’environnement sur toute la planète est en voie de destruction. Tout comme la croyance en la sorcellerie, c’est une véritable aberration, une fantasmagorie collective digne du Moyen Age. Tout part à vau-l’eau et nous devons vivre dans la peur. Stupéfiant ! »

Comme l’explique le romancier américain dans un entretien paru dans Le Monde du 7 janvier 2006, « n’oublions pas que la raison fondamentale de la destruction de l’environnement, c’est la pauvreté mondiale. Et là, j’ai vraiment du mal à admettre que rien ne soit fait ».
En bref, le livre est un vrai régal !

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