revue de livre 31 | 05 | 2005

Quand on sait tout on ne prévoit rien

Avec son franc-parler coutumier, Claude Allègre s’en prend au sacro-saint principe de précaution, l’accusant de paralyser l’action publique, d’infantiliser les populations et d’anesthésier le bon sens.

Dans son dernier ouvrage Quand on sait tout on ne prévoit rien... et quand on ne sait rien on prévoit tout , Claude Allègre démontre avec brio que notre gouvernement oscille en permanence entre une prétention au savoir absolu et un refus de considérer ce que nous enseigne la science moderne. « La prévision et la prévention ont disparu du vocabulaire et de l’action politique », déclare l’auteur dans son introduction. En témoigne la gestion de douze dossiers d’actualité, qu’il passe en revue : le clonage, les OGM, l’amiante, la vache folle, les menaces telluriques, etc... Il aurait pu également ajouter l’interdiction du Gaucho et du Régent, la norme nitrates ; les sujets ne manquant malheureusement pas ! Deux dossiers ont particulièrement retenu notre attention : les menaces climatiques et la crise de la vache folle.

La vache devient folle

« L’affaire de la vache folle est exemplaire, car elle illustre parfaitement le genre de risques auxquels vont être soumis les habitants d’un monde ultra industrialisé et mondialisé dont l’évolution rapide interdit toute mise en perspective, où tout accident prend immédiatement une ampleur considérable du fait de l’omniprésence de médias obéissant à une compétition féroce. A la chasse au scoop  », affirme Claude Allègre.

Après un rappel historique de la crise, il revient sur la décision française d’interdire l’importation de viande britannique et surtout sur celle des maires d’interdire la viande de bœuf dans les cantines scolaires : « Du point de vue des probabilités, on atteint un sommet dans le registre de la bêtise. La probabilité pour qu’un enfant soit contaminé en mangeant de la viande était, en effet, inférieure à un divisé par la distance Terre-Lune mesurée en centimètres ! Elle était trois milliards de fois inférieure à ce que ces mêmes enfants se fassent écraser en sortant de l’école !  »

Le climat et le ridicule

L’ancien ministre s’attaque également au dogme du réchauffement climatique. Il rappelle qu’« à l’aide de calculateurs puissants, [les théoriciens du climat] ont prévu dans les années 1970 des augmentations de températures significatives à la surface du globe. On parla alors d’une augmentation de 5 degrés en moyenne pour l’an 2000. Or, l’an 2000, nous y sommes, ou plutôt nous l’avons dépassé, et fort heureusement, ces prédictions se sont révélées fausses. La température du globe a tout au plus augmenté de 0,1°, c’est-à-dire cinquante fois moins que prévu. »

L’auteur poursuit : « certains climatologues ont diffusé une statistique montrant que, depuis le début du XXe siècle, la température avait augmenté de 0,1 degré. 0,1 degré ! L’affirmation est cette fois franchement ridicule. Et nul besoin d’être spécialiste pour le comprendre. Lorsqu’on sait, en effet, qu’en tel lieu la température varie de plus de 5 degrés entre le jour et la nuit, et parfois durant le jour, l’idée de déterminer aujourd’hui une température moyenne du globe au centième de degré près est déjà fort présomptueuse. Mais prétendre, en outre, que l’on soit capable de reconstituer la température moyenne de l’année 1898 alors qu’il n’existait que trois ou quatre observatoires dans le monde susceptibles de la mesurer, c’est nous prendre pour des imbéciles ! (...) Les mathématiques, aussi remarquables soient-elles, ne fabriquent pas de l’information à partir du néant ! » .

Claude Allègre se demande ensuite : « Mais pourquoi tout ça ? Pourquoi vouloir à tout prix que la température du globe augmente ? » A quoi il répond : « Eh bien, parce que depuis que ce scénario a été relayé par les médias, les chercheurs étudiant ces sujets ont bénéficié de moyens extraordinaires pour travailler et, pour certains d’entre eux, ont reçu des récompenses scientifiques impressionnantes ! ».

Et de conclure, non sans ironie : « Entre-temps, les activistes les plus lucides avaient pris conscience que la fameuse augmentation de température était plus modeste que prévue et, prudents, ils ont donc changé l’intitulé de leur programme de travail. Le Global Warning est devenu le Global Change. Sage précaution.  ».

Un livre qui fera le bonheur de tous ceux qui en ont assez des idées reçues.

Quand on sait tout on ne prévoit rien
Claude Allègre
Fayard/ Robert Laffont
Septembre 2004
17 euros

climat environnement écologie politique

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