revue de livre 09 | 08 | 2004

Société civile contre OGM

Paru aux éditions Yves Michel, « Société civile contre OGM » se présente comme un « livre-arguments » pour ouvrir un débat public sur les OGM.

Rédigé par un Collectif de Citoyens sous la coordination de Frédéric Prat, responsable du groupe de discussion internet Inf’OGM (un site profondément anti-OGM), cet ouvrage de 300 pages anonce clairement la couleur : c’est un « dossier à charges » contre les OGM. Particulièrement bien argumenté, le premier chapitre soulève tous les problèmes de la génétique en général. « La vision réductionniste, qui représente le vivant comme un jeu de Meccano génétique, apparaît à la fois simpliste et terriblement trompeuse », nous expliquent les auteurs. De cette vision mécaniste découle l’idée erronée qu’un gène est associé de façon plus ou moins unique à une fonction. Or, l’historicité, c’est-à-dire l’ordre d’activation/inactivation des gènes, est aussi importante que la nature des gènes impliqués, ce que la génétique traditionnelle ne prend pas en compte. En outre, on ignore la fonction de 90% du génome de la grande majorité des organismes. Or, plutôt que de découvrir le secret du génome, les généticiens ont choisi d’en ignorer les fonctions en désignant par le terme d’ADN poubelle (junk DNA) ce qu’ils ne comprennent pas.

En revanche, le reste de l’ouvrage, qui reprend à son compte l’argumentation traditionnelle des opposants aux OGM, dérive rapidement vers une critique exagérée des pratiques agricoles intensives, « qui seraient nettement aggravées par les OGM, tant il est vrai que les aliments transgéniques sont les nouveaux produits d’une même logique agricole productiviste.  ».

Pour les auteurs, « les OGM ne sont finalement que l’expression caricaturale d’une société dans laquelle le libéralisme est exacerbé, et où domine la recherche du profit (...) Les OGM mis sur le marché accentuent l’industrialisation intensive de l’agriculture. »

Le combat contre les OGM se résume ensuite à une lutte purement politique contre la société industrielle et moderne. « Le choix entre agriculture OGM ou agriculture paysanne n’est pas un choix technique ou scientifique, mais un choix purement politique », peut-on lire dans l’ouvrage. L’argumentation scientifique cède alors la place à l’action illégale, ainsi justifiée : « il est donc nécessaire de restituer les actes de destruction d’essais, qui ont constitué un acte politique. »

En dehors du fait qu’il témoigne du lien entre certains opposants aux OGM et détracteurs de la société industrielle, ce livre n’apporte rien de très original au débat complexe des OGM. 

Société civile contre OGM
Editions Yves Michel
Avril 2004
19 euros

biotechnologie

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