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Entretien exclusif avec le président de l’AGPM : « Il faut donner à l’agriculture française les moyens de produire et de s’adapter. » –

Dans un entretien exclusif accordé en marge de la conférence de presse de l’Association générale des producteurs de maïs, qui s’est tenue le 20 octobre, son président Franck Laborde dresse le constat catastrophique de cette campagne et esquisse les solutions pour éviter que cela ne se reproduise

A&E : Que retenez-vous de la campagne de cette année ?

Franck Laborde : Que la catastrophe annoncée est malheureusement arrivée. Depuis trois ans, je ne fais que le répéter, nous faisons le même constat : une situation qui s’érode et des trésoreries qui se fragilisent. Mais, cette année, nous avons franchi un cap. Déjà, au semis, les surfaces étaient inférieures de plus de 20 % à la moyenne. Ensuite, toutes les régions ont subi des stress intenses, à la fois hydriques et thermiques. Dans le nord de la Nouvelle-Aquitaine ou en Lorraine, des exploitations n’ont rien récolté en maïs grain : on parle de 100 % de pertes. Au total, la ferme maïs française perd 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, après quatre années de revenus déficitaires, et selon le gouvernement, environ 10 % des exploitations devraient disparaître cette année, soit entre 20 000 et 30 000 exploitations.

Dans beaucoup de territoires, comme dans mon village, l’agriculture est la seule activité qui crée de la valeur : quand elle n’en crée plus, ce sont les commerces locaux qui en pâtissent et les usines de transformation qui licencient ou recourent au chômage technique. C’est pourquoi les cinq associations spécialisées grandes cultures (blé, betteraves, pommes de terre, oléoprotéagineux et maïs) demandent au gouvernement un soutien de 450 euros par hectare, en aides directes et indirectes, pour permettre aux exploitants de redémarrer une campagne en 2027. Il ne s’agit pas de demander au gouvernement de faire un chèque de ce montant, mais de permettre, notamment par une dérogation à l’obligation d’implanter des couverts d’interculture, de faire économiser aux agriculteurs entre 150 et 230 euros par hectare. De toute manière, cette année, ces couverts ne peuvent pas jouer leur rôle en raison des sols secs. Nous attendons une réponse du gouvernement qui ne vient pas. Ensuite, il y a les dispositifs annoncés qui sont loin du compte : le plan Casi (climat, adaptation, sécheresse, incendies) présenté par le gouvernement après l’été 2026 se réduit à 300 ou 400 millions d’euros d’argent réellement nouveau, et le fonds engrais n’a reçu que 14 millions de demandes sur 140 millions, faute d’une période d’éligibilité adaptée aux achats des maïsiculteurs.

Que faut-il faire pour éviter que se reproduise une telle année ?

Il faut un sursaut radical. Il faut donner à l’agriculture française, les moyens de produire et de s’adapter. Il faut pouvoir accéder à l’eau. L’année 2026 a dépassé toutes les projections, y compris celles que nous attendions pour 2050. Alors, certes, le changement climatique y est pour beaucoup, mais l’impréparation de notre pays à y faire face en est l’une des grandes raisons. La France est le deuxième pays d’Europe le plus arrosé : 500 milliards de mètres cubes d’eau y tombent chaque année. En février dernier, nous étions sous l’eau et quatre mois plus tard, la sécheresse a ravagé nos cultures. Dans mon département, en février, il est passé en une seule journée plus de 116 millions de mètres cubes dans le gave de Pau et le gave d’Oloron, alors que l’irrigation du département a besoin de 30 millions de mètres cubes par an. Et quand des réserves sont enfin autorisées, au terme d’études de dix à quinze ans, puis construites, financées et remboursées par les agriculteurs, on leur interdit de les remplir, comme ce fut le cas cet été. C’est ubuesque ! Certes, la loi d’urgence agricole prévoit de doubler d’ici 2035 les volumes stockés pour l’agriculture, soit passer de 1 à 2 milliards de mètres cubes, pour une consommation d’irrigation d’environ 3 milliards, mais, à la lumière de ce nous avons vécu cet été, il va falloir mettre le turbo et cet objectif, conforme à notre proposition, doit être appliqué sans délai : si les conditions de 2026 se reproduisent, nous devons être armés.

Au-delà de l’eau, quels moyens de production vous font défaut ?

L’accès au progrès génétique. La chrysomèle en est une bonne illustration. Ce ravageur est très présent en Alsace et progresse fortement dans le Sud-Ouest. Aux États-Unis, il est présent aussi, mais, contrairement à chez nous, il est maîtrisé, grâce notamment aux OGM. En France, et partiellement en Europe, ce débat a été tranché en défaveur de la production. C’était clairement une erreur, et il est temps de la corriger. Maintenant que le règlement européen sur les NGT est acté, les semenciers peuvent s’en saisir, et nous attendons des variétés plus résilientes. Mais nous ne nous faisons pas d’illusion : aucune variété ne poussera sans eau. Plus il fait chaud, plus les plantes ont besoin de s’hydrater. La génétique ne remplace pas le stockage.

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