Les amis de Teddy et la campagne de l’UIPP

Derrière l’Action citoyenne pour les alternatives aux pesticides (ACAP) se cache une galaxie d’associations, largement inspirée – et financée – par le milliardaire anglais Edouard Goldsmith.

Officiellement, c’est un nouveau collectif, l’Action citoyenne pour les alternatives aux pesticides (l’ACAP), qui a réagi à la campagne publicitaire de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) sur les produits phytosanitaires. L’ACAP regroupe une petite centaine d’associations diverses, généralement favorables à l’agriculture biologique. On y retrouve pêle-mêle quelques grands noms de l’agriculture alternative comme la Fédération nationale agriculture biologique (Fnab), la coopérative de magasins bio (Biocoop) et les écologistes de service tels Eaux et Rivières de Bretagne, France Nature Environnement, les Amis de la Terre ou encore le WWF.

L’ACAP : une façade

En réalité, l’ACAP n’est qu’une association de façade au service de François Veillerette, président du Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures (MDRGF) et membre du Conseil d’Administration de Greenpeace, et surtout au service de son mentor, Edouard Goldsmith, principal financier du groupuscule. Pour son lancement, l’ACAP a également bénéficié des largesses de Dominique Belpomme, auteur du livre à scandale Ces maladies créées par l’Homme. Renvoi d’ascenseur oblige – François Veillerette avait auparavant introduit le docteur Belpomme dans le cercle restreint des « sauveurs de l’Humanité » -, M. Belpomme a mis à disposition de l’unique salariée du MDRGF un téléphone et un fax au 57-59 rue de la Convention à Paris, siège de l’Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse (Artac) qu’il préside. C’est de là que la militante-salariée a coordonné l’action dite « citoyenne » de l’ACAP, avec sa campagne d’intimidation vis-à-vis des rédactions des journaux qui ont publié les visuels de la campagne de l’UIPP.

La galaxie de Veillerette

L’ACAP n’ayant aucune existence légale – ni de représentativité quelconque -, le MDRGF a donc saisi le Tribunal de Grande Instance de Rennes, le 9 mars, pour faire taire la voix de l’industrie. Occasion pour les quelques dizaines de sympathisants de manifester leur soutien à Veillerette et surtout à son avocat, Yves Le Mazou, président de l’association H-50. Reprenant les termes alarmistes de M. Belpomme, l’association H-50 explique que « la connaissance scientifique actuelle atteste de dommages irréversibles de la planète affectant l’humanité tout entière dans moins de 50 ans. » Yves le Mazou est également à l’origine d’une autre association, Objectif Bio 2007, dont le président n’est autre que Philippe Desbrosses (lui-même le parrain de… H-50), et dont le MDRGF fait partie ! M. Desbrosses est également membre du Comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot, membre du CRII-GEN de Corinne Lepage et fondateur d’Intelligence Verte.

Organisées en galaxie de l’écologisme « apolitique », ces quelques associations occupent le terrain et s’autocrédibilisent en se citant mutuellement. Elles jouissent des « lumières » de leurs « scientifiques » : Seralini, Sultan, Narbonne, Pelt. En marge de toute représentativité élective, leurs membres se présentent comme des « responsables citoyens ». Dans les faits, ils noyautent d’autres associations plus représentatives, pour en orienter le discours, fidèles au modus operandi des frères Goldsmith, qui avaient largement alimenté la « Nouvelle droite européenne » par leurs idées réactionnaires et financé la droite villieriste dans les années 1990. Depuis,Teddy Goldsmith s’est recyclé dans l’altermondialisme de gauche. Sa nouvelle nébuleuse d’associations écologistes « apolitiques » vient refermer le cercle.

Agenda public, agenda caché

Le discours écologiste cache cependant un agenda hautement plus radical : face à la menace d’extinction de l’humanité due aux excès de l’industrie et de l’agriculture productivistes, ces nouveaux messies sont investis d’une véritable mission universelle. Ce qui leur confère d’ailleurs une légitimité hors la loi si nécessaire. De l’action violente aux mensonges apocalyptiques, tout est mis en œuvre pour « éviter le naufrage du Titanic agro-industriel dont le programme de libre-échange mondial, en détruisant les agricultures paysannes, provoque déjà la plus grande migration de réfugiés que n’ait jamais connu la planète », pour reprendre les termes de Philippe Desbrosses. Pour Thierry Jaccaud, rédacteur en chef de la revue de Teddy Goldsmith, L’Ecologiste, « la vraie solution réside […] » ni plus ni moins « dans l’arrêt rapide de la production de l’océan de polluants chimiques … c’est-à-dire dans la sortie de la société industrielle. » En 1992, cet agenda caché n’avait pas échappé à la vigilance du président de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), Louis Séard, qui ironisait dans la Revue Française d’Apiculture sur les dérives des « écologistes, ardents défenseurs de la nature, trop occupés qu’ils sont par les tracés des autoroutes,TGV et autres sujets brûlants ». Visiblement, depuis le ralliement de Philippe de Villiers à la cause des abeilles, à l’Unaf aussi, le discours a changé…

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