Le principe de « reconnaissance mutuelle » anticipé par les producteurs de pommes ?

Depuis le retrait du méthyleurparene (la tolyfluanide) , conjugué à l’allongement du délai avant récolte des spécialités à base de captane, les producteurs de pommes se trouvent dans une sérieuse impasse technique en ce qui concerne le risque de la tavelure de conservation. Les conditions climatiques de l’année 2008 sont en effet particulièrement propices au développement de cette maladie, qui est causée par le champignon Venturia inaequalis et qui touche l’essentiel des principales variétés de pommes (Golden, Gala, etc.), y compris les plus rustiques (Canada gris, Rubinette, Belchard). Selon une enquête réalisée par la Section Nationale Pomme (SNP) sur 78% des vergers français, les deux-tiers montrent des symptômes de tavelure, dont 8% pour plus d’un arbre sur trois. Sans stratégie de protection des fruits, la future récolte risque donc d’être fortement endommagée.

C’est pourquoi la SNP a interpellé les pouvoirs publics depuis plusieurs semaines. Lors d’une rencontre début juillet avec la Direction générale de l’alimentation (DGAL), celle-ci a donné quelques signes encourageants, qui permettent d’éclaircir l’horizon. La DGAL a en effet laissé entendre qu’elle répondrait positivement à la demande formulée par la filière d’accorder au plus tard le 15 juillet 2008 une dérogation nationale pour l’emploi d’un fongicide, le Bellis, produit par BASF Agro et composé de deux matières actives (boscalid et pyrachlostrobine). Solution d’autant plus raisonnable que ces deux matières actives sont déjà inscrites à l’annexe 1 de la Directive 91/414/CEE, qu’elles sont actuellement homologuées en France sur d’autres productions et que le Bellis est homologué depuis plusieurs années dans la plupart des pays européens (dont l’Italie, l’Allemagne, la Belgique, et l’Angleterre) pour usage sur pomme. D’ailleurs, une demande d’autorisation pour ce produit a été déposée en France dès 2006.

Or, ni la filière pomme ni BASF Agro n’ont reçu à ce jour de décision pour une éventuelle dérogation, alors qu’un délai incompressible d’approvisionnement de quatre à cinq semaines est nécessaire. Y a-t-il eu volte-face de la part de la DGAL ou bien est-ce simplement à cause des vacances que rien ne se passe ? Mystère ! Cependant, sans autorisation, BASF Agro ne peut rien entreprendre. Pour Daniel Sauvaitre, président de la SNP, « sans une décision rapide, le risque est fort de voir la future récolte en partie condamnée dans de nombreuses exploitations ». A moins que, comme le craint le président, de nombreux producteurs utilisent quand même ce produit… ne faisant en cela qu’anticiper le principe de « reconnaissance mutuelle », applicable dans le cadre de la directive 91/414/CE…

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