Quelles sont, selon vous, les mesures principales à retenir de la loi d’urgence agricole ?
Dominique Potier : un peu de justice économique avec une meilleure transparence dans la construction du prix, l’esquisse d’un tunnel des prix et la réparation de trois dérives sur le marché foncier : distinction terres et immeuble, emphytéose et démembrement de priorité. Notre groupe a été leader à l’Assemblée sur ces points.
Quels sont les angles morts de la loi ?
L’adaptation au dérèglement climatique par une révolution agronomique. Le renforcement des filières stratégiques qui suppose un minimum de planification.
Nous regrettons l’abandon de l’élargissement de l’Observatoire de la formation des prix et des marges au secteur amont…
Sur les concurrences déloyales, notre proposition d’une inversion de la charge de la preuve par une certification in situ des produits importés par un organisme indépendant certifié par l’Union européenne n’a malheureusement pas pu prospérer.
Concernant la RHD, nous avions proposé une trajectoire sur 10 ans vers 100 % de produits certifiés. L’idée était que les labels émergents ne concurrencent pas la part de l’AB et des produits ayant des signes de l’origine et de la qualité (SIQO). Une idée neuve a été refusée alors qu’elle est un moteur efficace pour le revenu des producteurs : 10 % issus du commerce équitable nord-nord.
Enfin, sur l’autorité de la science, nous avons fait adopter une PPRE dont les principes sont exigeants mais nous permettraient de sortir une bonne fois pour toutes des controverses qui minent le contrat social.
Que reste-t-il à faire et comment envisagez-vous le futur pour permettre de combler ces manques ?
Une grande loi foncière pour permettre le renouvellement des générations, une réforme courageuse de la fiscalité et des aides publiques, des outils de contractualisation solides pour garantir le revenu et par-là même la production, et un vrai contrat territorial pour faire gérer ensemble les ressources naturelles. Des règles évitant le choc entre le marché de l’énergie et celui des matières premières agricoles : l’absence de régulation en matière de biomasse et de production d’énergie électrique est un facteur de désordre supplémentaire.
Les « victoires » arrachées dans cette troisième loi ne sont pas à la hauteur des terribles défis de notre agriculture. Je crains la déception après l’illusion et plus que tout une conflictualité latente entre le monde paysan et la société. Nous aurions besoin d’une vision et de l’autorité morale d’un Edgar Pisani pour traverser les épreuves présentes. À travers son histoire, l’agriculture française a démontré sa capacité à se transformer dès qu’un cap clair est fixé et que la solidarité demeure la boussole.


