AccueilEntretienLoi d'urgence agricole : Entretien avec le député Eric Martineau (MoDem)

Loi d’urgence agricole : Entretien avec le député Eric Martineau (MoDem)

Quelles sont, selon vous, les mesures principales à retenir de la loi d’urgence agricole ?

Eric Martineau : Cette loi compte plus de 70 articles, ce qui est peut-être trop pour être lisible à tous, alors que la presse et les détracteurs de ce texte sont focalisés sur l’acétamipride. Elle répond à de vraies problématiques et aux attentes des agriculteurs dans différents domaines : l’eau, la prédation lupine, Egalim et le commerce, donc le revenu, et enfin les distorsions de concurrence…

Sur l’eau, nous avons soutenu plusieurs mesures d’accès, partage, possibilité de stockage, ou encore la création de réserves. Sans oublier le soutien à l’agriculture avec les projets prioritaires (PAA), la protection du foncier, la compensation écologique et la création de servitudes, la lutte contre les concurrences déloyales, les sanctions et la simplification des reconnaissances mutuelles pour les produits phytosanitaires. Cette loi vise donc à renforcer la souveraineté alimentaire, notamment par l’interdiction de l’approvisionnement hors UE pour la restauration collective, par la transparence sur l’origine des produits. Elle protège les élevages contre la prédation lupine et soutient la construction de bâtiments d’élevage. De même, elle vise à améliorer le revenu des agriculteurs en renforçant les négociations commerciales et par l’extension du tunnel de prix à d’autres filières. Enfin, la lutte contre les vols et dégradations est soutenue avec des sanctions renforcées.

Quels sont les angles morts de la loi ?

J’en vois deux essentiellement. Le premier porte sur l’amélioration du partage de la valeur, pour assurer un revenu décent aux agriculteurs. Sans un revenu, que voulez-vous leur demander? C’est pourquoi je défends la structuration des filières, le regroupement en organisations de producteurs et en association d’organisations de producteurs afin de pouvoir négocier à armes plus égales avec les industriels de l’agroalimentaire et la grande distribution.

Mais attention à ne pas tout attendre du politique ! S’ils ne veulent pas se voir imposer des règles auxquelles ils n’aspirent pas, les agriculteurs doivent se concerter et s’entendre. Le second est la transition écologique. Nous allons devoir nous adapter au dérèglement climatique avec les changements induits. En clair, il s’agit de savoir comment nous allons pouvoir produire autant avec moins de disponibilités d’eau, et avec plus de contraintes climatiques, comme les gelées tardives, les orages violents, la grêle et la sécheresse.

Nous allons donc être contraints de revoir nos modèles de production, y compris en élevage, développer de nouvelles espèces et variétés pour les végétaux, adaptées à ce dérèglement climatique. Sans changement de pratiques, il ne sera pas possible de produire comme par le passé. Nos anciens ont su s’adapter, nous devons y parvenir également.

Que reste-t-il à faire et comment envisagez-vous le futur pour permettre de combler ces manques ?

Les politiques doivent soutenir la structuration et l’organisation des filières, que ce soit par l’OCM ou par l’application stricte d’Egalim, avec achat des collectivités, en premier lieu, mais aussi par les administrations, les armées et les hôpitaux.De même qu’il faut un contrôle de l’application de cette loi, qui est déjà une bouffée d’air pour les agriculteurs. Ensuite, nous devons soutenir la PAC, mais aussi la repenser, notamment par le soutien à la décarbonation. Enfin, la recherche agro doit répondre aux inquiétudes du monde agricole, avec des innovations dans des techniques nouvelles qui ne dépendent pas forcément de la chimie.

Mais on constate qu’une grande partie de nos concitoyens ont perdu le sens de la réalité du monde agricole. C’est donc aux agriculteurs, par exemple en ouvrant leurs fermes, de reconnecter les Français à leur alimentation, et à la manière dont celle-ci est produite. La nature a horreur du vide, occupons-la ! Sans quoi, je reste très inquiet pour le futur de notre agriculture.

Pour aller plus loin :
Derniers articles :

Dans la même rubrique

En ce moment

Recevez notre newsletter A&E HEBDO pour ne pas manquer nos infos, analyses et décryptages