AccueilEntretienLoi d'urgence agricole : entretien avec le député Stéphane Travert (EPR)

Loi d’urgence agricole : entretien avec le député Stéphane Travert (EPR)

Quelles sont, selon vous, les mesures principales à retenir de la loi d’urgence agricole?

Stéphane Travert : Cette loi constitue d’abord une réponse aux attentes exprimées depuis plus d’un an par le monde agricole. Elle poursuit trois objectifs : redonner des capacités de production aux exploitants, simplifier leur quotidien et renforcer notre souveraineté alimentaire.

Plusieurs mesures sont à retenir. D’abord, la loi affirme un principe fort de souveraineté alimentaire. Le maintien de l’interdiction d’importer des produits traités avec des substances interdites dans l’Union européenne constitue un signal important pour lutter contre les distorsions de concurrence. De même, les dispositions renforçant la transparence sur l’origine des produits et la position économique des producteurs vont dans le bon sens.

Ensuite, le texte apporte de véritables simplifications administratives : allégement de certaines procédures environnementales, facilitation du curage des retenues existantes, réduction de délais d’instruction ou encore meilleure articulation entre différentes autorisations administratives. Les agriculteurs attendent depuis longtemps que l’on passe d’une logique de contrôle permanent à une logique d’accompagnement.

Les dispositions visant à accélérer les projets de stockage de l’eau, avec un objectif de doublement des capacités d’ici 2035, tout en sécurisant juridiquement ces ouvrages, constituent un levier important. Mais ces infrastructures n’ont de sens que si elles s’inscrivent dans une véritable politique de gestion durable de la ressource. Dans un contexte de changement climatique, il ne s’agit pas seulement de stocker davantage : il faut aussi mieux préserver les ressources disponibles, améliorer leur gouvernance et accompagner les évolutions des pratiques agricoles. Sans cette vision d’ensemble, il ne peut y avoir d’agriculture durablement viable.

Enfin, le texte conserve la possibilité, très encadrée, pour l’Anses d’accorder certaines dérogations concernant des produits phytopharmaceutiques lorsqu’il n’existe pas d’alternative efficace. C’est sans doute la mesure la plus débattue, mais elle répond à une préoccupation réelle de compétitivité pour certaines productions françaises.

Cette loi apporte des réponses utiles mais elle ne règle pas tous les défis auxquels notre agriculture est confrontée.

Quels sont, selon vous, les angles morts de la loi ?

Le premier angle mort reste la question du revenu des agriculteurs. Produire davantage ou simplifier les procédures est indispensable, mais cela ne garantit pas une meilleure rémunération. La répartition de la valeur au sein des filières demeure un enjeu majeur.

Le second concerne le renouvellement des générations. Près de la moitié des exploitants partiront à la retraite dans les prochaines années. Installer de nouveaux agriculteurs, faciliter les transmissions et accompagner les jeunes restent des priorités absolues.

Le texte répond également de manière encore incomplète aux enjeux d’adaptation au changement climatique. La gestion de l’eau progresse grâce aux dispositions relatives au stockage, mais une politique de l’eau ne peut se limiter aux seules infrastructures. Elle suppose également de préserver durablement la ressource, d’améliorer les connaissances hydrologiques, d’accompagner l’évolution des pratiques culturales et de mieux articuler les connaissances politiques agricoles, environnementales et territoriales. L’assurance climatique, l’innovation, la recherche variétale et la transition agroécologique devront continuer à être approfondies.

Que reste-t-il à faire et comment envisagez-vous le futur pour permettre de combler ces manques ?

Cette loi n’est pas un aboutissement, même si elle constitue une étape importante. La priorité est désormais de veiller à sa mise en œuvre rapide et efficace afin que les agriculteurs puissent bénéficier concrètement des simplifications votées.

Il faudra ensuite poursuivre le travail autour de trois grands axes.

D’abord, renforcer durablement la compétitivité des exploitations en poursuivant les efforts de simplification et en accompagnant davantage l’investissement, l’innovation et la modernisation des outils de production.

Ensuite, bâtir une véritable stratégie d’adaptation au changement climatique. Elle devra reposer sur une politique cohérente de l’eau : préserver durablement la ressource, développer des capacités de stockage lorsque cela est pertinent, améliorer l’efficacité des usages, soutenir les innovations agronomiques et donner aux exploitants des perspectives de long terme. La question de l’eau ne peut plus être traitée comme un sujet sectoriel ; elle est désormais au cœur de notre souveraineté alimentaire. La logique de stockage de l’eau se déplace vers une logique plus large de préservation et de gestion durable de la ressource. Enfin, il faudra continuer à porter au niveau européen l’exigence de réciprocité des normes. On ne peut pas demander toujours plus d’efforts à nos agriculteurs tout en acceptant l’entrée sur notre marché de produits ne respectant pas les mêmes règles. La souveraineté alimentaire passe aussi par une concurrence loyale.

Notre agriculture dispose d’atouts considérables. Elle saura relever les défis de demain à condition que les pouvoirs publics lui donnent un cadre stable, des règles lisibles et une véritable confiance. C’est dans cet esprit que cette loi d’urgence doit être comprise : non comme une fin en soi, mais comme le point de départ d’une politique agricole ambitieuse, conciliant performance économique, souveraineté alimentaire et transition environnementale.

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