L’étrange composition de la section apicole de la Coordination rurale

Le 17 mai 2006, lors de son audience avec madame Catherine Rogy, conseillère technique du pôle alimentation et sécurité sanitaire du ministère de l’Agriculture, la toute jeune section apicole nationale de la Coordination rurale (CRSAN) s’est dite « étonnée d’apprendre qu’une réunion [du Comité de pilotage apiculture, organisé par le ministère] avait eu lieu » sans qu’elle y ait été conviée.

D’autant plus que selon le président de la Coordination rurale, François Lucas, Michel Cadot, directeur du cabinet de Dominique Bussereau, s’était engagé le 18 avril dernier « à ce que la CRSAN intègre le Comité de pilotage apiculture à compter de cette même date ».

Il est en effet tout à fait naturel que le syndicat de François Lucas puisse participer aux travaux du Comité apicole du ministère. Encore faut-il qu’il ait quelque chose à dire. Or, à lire le compte rendu de l’audience du 17 mai dernier, le discours de la CRSAN ressemble à s’y méprendre à celui des apiculteurs extrémistes qui se sont fait connaître pour leurs positions contre le Gaucho et le Régent TS à travers la moribonde Coordination apicole. Ainsi, la CRSAN reprend à son compte « la nécessité impérieuse de maintenir l’interdiction du fipronil [la substance active du Régent] sur le territoire national ». Elle demande surtout « le retrait sur toutes cultures du Gaucho, sur céréales à paille (blé et orge) en particulier » ! Et pour appuyer ses revendications, la CRSAN se réfère aux travaux du «Dr Bonmatin, du CNRS d’Orléans ». Ce dernier serait même prêt à assister la délégation de la CRSAN lors des prochaines réunions avec les services du ministère,«afin qu’il puisse évoquer de vive voix […] ce problème important ».

Ce nouveau discours du syndicat de François Lucas laisse plutôt pantois ! Il est vrai que la composition de la délégation de sa section apicole lors de l’audience du 17 mai est pour le moins étrange. Son président, Claude Poirot, s’est en effet fait assister pour l’occasion de Béatrice Robrolle et Frank Aletru, qui ne sont pas deux inconnus dans la contestation anti-pesticides.

Gérante du Domaine de Chézelles, Béatrice Robrolle est la fille de Maurice Mary, qui est à l’origine du petit groupe d’apiculteurs qui ont transformé le Gaucho en « insecticide maudit ». Avec l’actuel président de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), Henri Clément, Béatrice Robrolle a créé une petite association, Terre d’Abeilles, qui appartient à un collectif anti-pesticides présidé par François Veillerette, du Mouvement pour les droits et le respect des générations futures (MDRGF), un groupuscule financé par des fondations étrangères. La petite revue de Terre d’abeilles fait d’ailleurs régulièrement de la publicité pour François Veillerette, ainsi que pour Dominique Belpomme, dont les thèses sur le cancer ont été dénoncées par l’actuel président de l’Institut national du cancer, le professeur David Khayat, lors de l’émission Radiocom C’est vous ! sur France Inter, le 21 novembre 2005, ainsi que par le professeur Jean-Pierre Camilleri, directeur honoraire de la section médicale de l’Institut Curie, dans une tribune publiée dans Le Monde le 27 avril 2006.

L’apiculteur vendéen Frank Aletru est lui aussi connu pour ses positions radicales contre le Gaucho et le Régent TS. Très proche de Philippe de Villiers, c’est lui qui a convaincu le vicomte de se lancer dans le combat contre les deux insecticides. Ce dernier lui a d’ailleurs dédié son fameux pamphlet sur les abeilles. Présenté lors de l’audition du 17 mai comme « membre du Groupe de réflexion apiculture au sein de l’Académie d’Agriculture de France », Frank Aletru ne semble pas pour autant partager les conclusions bien plus nuancées de l’Académie, qui ont été rendues publiques lors de sa séance du 14 juin dernier… pour laquelle l’apiculteur s’est d’ailleurs fait excuser ! En outre, Frank Aletru est responsable de la section apicole de la Fdsea de Vendée. Il est donc assez surprenant de voir la délégation de la Coordination rurale représentée par un adhérent du syndicat majoritaire ! A moins que sa présence au sein de la CR ne soit le signe que la Fnsea en a enfin assez du discours anti-Gaucho et anti-Régent de certains de ces adhérents ?

Quoi qu’il en soit, si la Coordination rurale ne prend pas garde, sa section apicole court le risque de devenir une caisse de résonance des ayatollahs anti-pesticides !

Gil Rivière-Wekstein

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« Par arrêt en date du 19 mai 2009, la Chambre correctionnelle de la Cour d’Appel d’Angers a confirmé en toutes ses dispositions le jugement rendu par la chambre Correctionnelle d’Orléans en date du 6 mars 2007, dont le dispositif est reproduit ci-dessous :

SUR L’ACTION PUBLIQUE

Statuant publiquement, en premier ressort et par jugement contradictoire, à l’égard de RIVIERE-WEKSTEIN Gil ;

REJETTE les exceptions de nullité présentées par Monsieur Gil RIVIERE-WEKSTEIN et la SARL AMOS PROSPECTIVE ;

Déclare Monsieur Gil RIVIERE-WEKSTEIN coupable du délit de diffamation publique envers fonctionnaire public.

Le condamner à la peine de 750,00 euros d’amende ;

SUR L’ACTION CIVILE

Statuant publiquement, en premier ressort et par jugement contradictoire, à l’égard de M. BONMATIN Jean-Marc ;

Déclare la constitution de partie civile de BONMATIN Jean Marc recevable et régulière en la forme.

Déclare Monsieur Gil RIVIERE-WEKSTEIN entièrement responsable du préjudice subi par la partie civile ;

Déclare la SARL AMOS PROSPECTIVE civilement responsable de Monsieur Gil RIVIERE-WEKSTEIN ;

Condamne solidairement la SARL AMOS PROSPECTIVE et Monsieur Gil RIVIERE-WEKSTEIN à payer à Monsieur BONMATIN la somme de 2.500 euros à titre de dommages et intérêts.

Ordonne en outre la publication du dispositif du présent jugement sur le site Internet de « A et E, lettre d’information mensuelle sur l’agriculture et l’environnement » (www.agriculture-environnement.fr), en une place et en des caractère identiques à ceux de l’article publié le 22 juin 2006 sous le titre : « l’étrange composition de la section agricole de la coordination rurale », ce pendant une durée de 2 mois à compter du jour où le présent jugement sera devenu définitif, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

Condamne Monsieur Gil RIVIERE-WEKSTEIN à payer à Monsieur BONMATIN la somme de 750 euros en application de l’article 475-1 du Code de Procédure Pénale »