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La saison des mobilisations antipesticides

À chaque printemps, les campagnes antipesticides réapparaissent en brandissant toujours le même amalgame cancer-pesticides. Retour sur les événements de 2026

Au refrain bien connu de Gilbert Bécaud : « Les cerisiers sont blancs, les oiseaux sont contents, revoilà le printemps ! », on pourrait ajouter aujourd’hui : « …et revoilà les campagnes antipesticides ! »

Car, tel un rituel bien rodé, les militants écologistes s’activent en cette période pour dénoncer les produits phytosanitaires. Moment tout à fait propice, comme l’explique Générations Futures, puisque c’est la « reprise des épandages de pesticides » et la période où les particuliers vont faire leurs emplettes dans les jardineries.

Chaque année depuis 2001, Générations Futures organise ainsi du 20 au 30 mars sa Semaine pour les alternatives aux pesticides (SPAP). L’édition 2026 a réuni une soixantaine de partenaires avec des financements provenant du lobby bio (Biocoop, Ecocert et Léa Nature) ainsi que de… l’Office français pour la biodiversité (OFB).

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Focus sur la santé

Une fois de plus, l’angle de la santé a été privilégié. Ainsi, la SPAP 2026 a organisé « Les tables rondes de la Santé », avec un temps fort : une conférence intitulée « Nos luttes contre les empoisonneurs ! » qui s’est tenue au Sénat sous le patronage de la sénatrice écologiste Antoinette Guhl, à l’initiative des Coquelicots de Paris.

Cet événement a été suivi d’un cycle de trois rencontres à l’Académie du Climat, avec le soutien notamment de France Nature Environnement, Pollinis et Greenpeace, sur des thématiques comme « eau potable sans pesticides », la « santé environnementale » et la souveraineté alimentaire. Certes, la couverture médiatique nationale n’a pas été très importante, mais tout cela contribue néanmoins à alimenter un continuel bruit de fond antipesticides aux niveaux local et régional. Ce qui demeure l’objectif de Générations Futures.

Le 30 mars, pour la clôture de la SPAP, France 5 a remis une pièce dans la fabrique de la peur en diffusant opportunément un nouveau numéro de l’émission « Sur le front », du militant écologiste Hugo Clément, consacré, en bonne partie, à l’impact sanitaire des pesticides.

Dans une vidéo de teasing, on voit Franck Rinchet-Girollet, porte-parole de l’association Avenir Santé Environnement et attaché parlementaire du député écologiste Benoît Biteau, s’exprimer sur les cancers pédiatriques apparus dans certaines localités de Charente-Maritime. Une belle entrée en matière, chargée de pathos, qui permet ensuite à Hugo Clément d’expliquer que « toutes ces communes où il y a des cancers pédiatriques se trouvent en bord de champs », et de suggérer que « les soupçons se tournent vers les pesticides, même s’il n’y a pas de preuves formelles ». Et voilà, une fois de plus, les agriculteurs dépeints comme des empoisonneurs d’enfants…

La séquence militante ne s’est pas arrêtée avec la fin de la SPAP. Peu de temps après, le 4 avril, Extinction Rebellion a organisé à Paris une nouvelle « Marche pour un printemps bruyant », avec le soutien de Générations Futures et d’une soixantaine d’organisations (dont XR, Scientifiques en Rébellion, Secrets Toxiques, Confédération paysanne, Cancer Colère, Agir pour l’Environnement, Greenpeace, Pollinis, LPO, FNE…), pour réclamer « de planifier dès maintenant l’arrêt de la production et de l’usage des pesticides de synthèse ». En faisant référence au Printemps silencieux de Rachel Carson, les organisateurs de la marche ont un focus davantage axé sur la biodiversité.

Cette mobilisation, qui se tient quelques jours avant la Journée mondiale de la santé, comme le rappelle un communiqué de presse de XR, ajoutant que « les pesticides ont des effets neurotoxiques, perturbateurs endocriniens et cancérigènes, chez des adultes de plus en plus jeunes, mais aussi chez les enfants, alors que le discours dominant se focalise sur la responsabilité de l’alcool et du tabac ». L’année dernière, cette manifestation avait réuni plus d’un millier de participants, avec des pancartes du type « Les pesticides tuent », « Plus de chants dans les champs », « Pesticides, la peste d’ici ».

La couverture médiatique nationale n’a pas été très importante, mais tout cela contribue néanmoins à alimenter un continuel bruit de fond antipesticides. Ce qui demeure l’objectif de Générations Futures.

Une stratégie qui s’inscrit parfaitement dans la politisation actuelle du cancer, lancée en 2025 lors des mobilisations contre la loi Duplomb. En effet, d’après les écolodécroissants, il existerait une épidémie de cancers et qu’elle serait due au système capitaliste productiviste, et aux pesticides en particulier. L’Association des mutuelles pour la santé planétaire (AMSP) y contribue également en organisant à la mi-avril une formation pour les militants sur ce sujet. Martin Rieussec-Fournier, le président de l’AMSP, qui a lancé le collectif Secrets Toxiques, a convié des intervenants de Générations Futures et du Basic pour réfléchir notamment à ce « que disent les études scientifiques des effets des pesticides sur la santé : maladies chroniques, effets neurologiques, etc. ».

Un colloque de militants antipesticides

Parallèlement à toutes ces mobilisations antipesticides, un colloque pluridisciplinaire s’est tenu à Montpellier les 2 et 3 avril sur le thème « Pesticides et cancers : comprendre et agir ». Lui aussi financé en partie par l’OFB et par le gouvernement « dans le cadre de la stratégie écophyto », cet événement affiche une image plus académique et institutionnelle, avec des partenaires comme la Ligue contre le cancer, la Fondation pour la recherche sur le cancer ou encore la Société française de pédiatrie. Néanmoins, il relève tout autant de l’agribashing que du militantisme antipesticides, qui font l’amalgame cancer-pesticides et pointent du doigt l’agriculteur comme un dangereux pollueur.

En effet, ce congrès est coorganisé par Marc Billaud, directeur de recherche au CNRS, et Pierre Sujobert, professeur de médecine, qui avaient déjà publié ensemble dans Le Monde, en janvier 2026, une tribune où ils dénonçaient un « cancer backlash », en l’occurrence « une offensive idéologique qui réduit les causes du cancer aux seuls comportements individuels ». Selon eux, « les mêmes logiques productivistes qui dérèglent le climat et dégradent la biodiversité fabriquent aussi une partie des cancers ». L’an passé, Marc Billaud n’avait pas hésité à participer à l’université d’été de la Révolution écologique pour le vivant, le parti d’Aymeric Caron, pour dénoncer les pesticides en tant que « scandale sanitaire du siècle ».

Une bonne partie des intervenants sont des opposants assumés à l’agriculture conventionnelle.

Une bonne partie des intervenants sont d’ailleurs des opposants assumés à l’agriculture conventionnelle ou des sympathisants de la cause écolodécroissante, comme la députée LFiste Aurélie Trouvé, le député écologiste Benoît Biteau et l’eurodéputé socialiste Christophe Clergeau, ou Fleur Breteau, présidente de Cancer Colère, Pierre-Michel Perrinaud, administrateur de Secrets Toxiques, ou encore le journaliste décroissant Stéphane Foucart. Du côté académique, on retrouve le même profil avec, par exemple, le sociologue Giovanni Prete, par ailleurs signataire d’un appel des campus à rejoindre les Soulèvements de la terre, et l’écotoxicologue Laurence Huc, par ailleurs porte-parole de Scientifiques en rébellion.

Cerise sur le gâteau : la conférence inaugurale, qui donne la tonalité du colloque avec un intitulé peu équivoque : « Des poisons pour le progrès. Les pesticides dans le modèle modernisateur des Trente Glorieuses. » Elle était faite par Christophe Bonneuil, présenté simplement comme membre du Centre de recherche historique, lié au CNRS. Or, Christophe Bonneuil est un militant écologiste radical de longue date, qui est devenu en 2021 coprésident de l’Association pour la défense des terres, la structure de soutien aux Soulèvements de la terre. Ce même Christophe Bonneuil qui avait signé un appel des Soulèvements de la terre pour « arracher les terres à l’exploitation capitaliste » et pour « cibler, bloquer et démanteler trois des industries toxiques qui dévorent la terre : celles du béton, des pesticides et des engrais de synthèse ».

Bref, sous des apparences de neutralité, ce congrès n’avait pas pour but ultime de « comprendre » mais bien, encore une fois, d’associer dans l’esprit du public « pesticides » avec « cancer ».

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