Sitôt terminée la conférence de presse de l’Anses concernant son rapport sur l’exposition des Français au cadmium, les gros titres anxiogènes ont refait surface dans les principaux médias, avec des expressions comme « poison invisible » et « bombe sanitaire ».
Toutefois, la palme de la désinformation revient sans aucun doute au député écologiste Benoît Biteau, certes en concurrence serrée avec la députée Clémentine Autain, qui n’a pas hésité à s’insurger contre ce « scandale d’État ». « Le cancer est au bout de la fourchette », peut-on ainsi lire sous la plume de la députée, quand le rapport de l’Anses dit justement le contraire : « Chez l’Homme, aucune étude ne permet de montrer clairement une association entre exposition par voie orale et cancer. »
Pour sa part, Benoît Biteau affirme avec aplomb qu’« il y a 48 % de cadmium en moins dans l’alimentation bio » et qu’« une des réponses immédiates, c’est de consommer bio ». Faux ! « Il n’est pas possible de conclure quant à une différence entre les concentrations des aliments bio et conventionnels », indique l’Anses dans son rapport. Le même Biteau enchaîne en expliquant que, en France, « on a aujourd’hui des sols nettement plus chargés en cadmium que nos voisins européens ». Faux, là encore, puisque la carte européenne d’accumulation du cadmium de l’Agence européenne pour l’environnement, disponible en un simple clic sur Internet, infirme ses propos. En réalité, si l’on prend la peine de lire cette publication, aucun élément n’autorise pareil catastrophisme.
Que dit-elle vraiment ? Que l’Anses n’émet pas d’alerte. Que la réglementation est respectée et qu’aucun aliment commercialisé ne dépasse les limites sanitaires fixées. Que l’agence ne réclame pas l’étiquetage des aliments, dont Matthieu Schuler, directeur général délégué au pôle Sciences, balaie lui-même l’idée : « On ne va pas exiger que soient renseignées toutes les traces de mercure, de plomb, d’argent, d’aluminium dans l’alimentation… Cela n’aurait aucun sens. » Que les céréales du petit-déjeuner, brandies comme symbole de l’alimentation industrielle coupable, ne représentent que 2 à 4 % de l’exposition des enfants. Enfin, que la première source d’exposition reste, et de très loin, le tabac.
Alors, pourquoi une telle couverture de presse ? Il faut le dire sans détour : l’instrumentalisation de ce dossier sert un double intérêt : celui des écologistes décroissants, toujours au rendez-vous lorsqu’il s’agit de désigner l’agriculture conventionnelle comme bouc émissaire, et celui des fabricants d’engrais russes, qui mènent discrètement leur campagne pour un durcissement réglementaire susceptible d’évincer leurs concurrents du marché européen. Deux agendas distincts pour une même dramaturgie de la peur. Et ça fonctionne.


