Réchauffement climatique et jus d’orange

Il n’y a pas que le prix des céréales qui ait pris un sérieux coup à la hausse. Le jus d’orange, dont le cours de concentré congelé a plusque triplé en moins de deux ans à la Bourse de New York, est passé de 60 cents en janvier 2005 à 200 cents fin décembre 2006. !

Selon Alain Faujas, chroniqueur au Monde, la principale raison en incomberait au réchauffement climatique. « Celui-ci a multiplié les ouragans en 2004 et 2005 en Floride, deuxième exportateur mondial de jus d’orange. Ils ont eu pour effet de disséminer des maladies comme le chancre citrique et le dragon jaune, deux méchantes bactéries qui obligent à sacrifier l’arbre atteint. » Résultat, la production d’oranges de Floride est tombée de 3,37 millions à 2,1 millions de tonnes. La responsabilité des ouragans dans l’hécatombe des orangers de Floride est, certes, possible. Mais n’est-il pas un peu rapide de lier ce phénomène au réchauffement climatique ? D’autant plus que contre toute prévision, la saison cyclonique 2006 a été inférieure à la moyenne. Et bien qu’une saison ne fasse pas une tendance, cela a suffi pour que Jean-François Royer, chercheur au Centre national de recherche météorologique, affirme que « le lien entre effet de serre et nombre de cyclones n’est pas avéré par nos simulations».

Quoi qu’il en soit, il y a moins d’orangers en Floride. Or, mondialisation oblige, ce nouveau débouché devrait immédiatement susciter quelques appétits. C’est ce que les économistes de tendance libérale affirment en boucle depuis la naissance de l’OMC. Selon eux, l’ouverture des marchés devrait équilibrer les prix en diminuant les risques liés au climat. Pourtant, rien de tel ne se produit. Même le Brésil, trop engagé dans le marché encore plus porteur de l’éthanol, ne veut pas prendre le relais. « Dans le scénario le plus optimiste, la production brésilienne d’oranges n’atteindra pas avant 2014 le niveau de 8 millions de tonnes, qui serait suffisant pour combler le déficit de la Floride », explique Eric Lambert, économiste au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.

En conséquence, il y a pénurie de jus d’orange. Et cette pénurie représente une aubaine pour les spéculateurs, « qui font leur miel de l’insuffisance de jus qu’ils voient pointer à l’horizon », comme l’analyse Alain Faujas. Alors, le cours du jus grimpe, ou plutôt explose ! Sauf que depuis le début de janvier 2007, il hésite. Il a même perdu 5 % en un mois, retombant en dessous des 190 cents. C’est qu’un sacré coup de froid – sûrement du lui aussi au réchauffement climatique ! – a perturbé et les marchés, et la Californie. Or, l’orange californienne traditionnellement destinée à la table n’est plus présentable du fait de ce choc thermique. Elle va donc se retrouver au pressoir, pour se transformer… en jus concentré ! D’où les incertitudes des spéculateurs qui, ne sachant plus à quelle météo se fier, craignent soudainement une abondance de jus.

Si le rôle perturbateur des aléas climatiques dans les cours agricoles n’est pas vraiment pour surprendre, la responsabilité du réchauffement climatique évoquée dans ce cas précis est elle plutôt cocasse…

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