Billet d’humeur : Le vicomte défend sa terre

Le 12 mai 2008, Philippe de Villiers a présenté son plan pour « faire de la Vendée une zone-témoin sans OGM ». Après avoir bouté le Gaucho et le Régent TS hors de son département, le vicomte est donc reparti sur le sentier de guerre. Le conseil général va « mettre en place un contrôle scientifique » afin de ne laisser aucun de ces ignobles organismes contaminer la belle terre vendéenne, a-t-il été communiqué à la presse. Nul ne sait toutefois si la fermeture des frontières figure parmi les premières mesures que le conseil compte prendre. En effet, toute présence sur le sol vendéen de fromages qui auraient été fabriqués à l’aide de chymosine recombinée (un OGM utilisé pour remplacer la présure de veaux abattus) est désormais devenue suspecte. De même pour la bière fabriquée à partir d’enzymes génétiquement modifiées de type amylase, qui en toute logique ne devrait plus garnir les rayons des grandes surfaces de La Roche-sur-Yon ou des Sables d’Olonne. Même l’emblématique préfou, ce morceau de pâte à pain frotté d’ail et beurré qui se déguste chaud, est menacé d’expulsion à cause du bannissement des enzymes alfa-amilaze provenant d’organismes transgéniques, devenus soudainement indésirables sur les terres du vicomte. « Ces mesures, qui relèvent du principe de précaution, ont été décidées car la loi adoptée par le Parlement français est défaillante. Elle ne nous protège pas assez », a confirmé un fonctionnaire du conseil général à A&E, qui estime que les experts ne sont pas unanimes quant à la contamination possible par les enzymes OGM.

Cependant, la création d’un label « sans OGM », qui sera délivré par une « commission de labellisation », inquiète déjà une partie du monde paysan. « Cette première mesure de purification rappelle une triste époque de notre histoire », commente un agriculteur vendéen qui, dans cette situation de délation généralisée, préfère garder l’anonymat. En outre, des analystes avertis s’interrogent sur la pertinence du plan « d’aide en faveur de l’agriculture biologique », dont les surfaces devraient doubler en cinq ans. Ce plan est-il vraiment à la hauteur du défi ? Car privés des sojas OGM argentins et brésiliens, les éleveurs de vaches parthenaises à robe brune, de moutons de pré-salé ou de porcs fermiers, se demandent où ils iront trouver de quoi nourrir leur bétail. Enfin, ils craignent que des brigades de contrôle ne se mettent en place. Déjà, une pétition intitulée « Solidarité avec le soja brésilien » a été rédigée pour demander la libre circulation de tous les sojas. « La surveillance par l’ADN du soja est intolérable dans une démocratie », s’indigne l’un des signataires.

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