Cruiser : le « oui, mais » du ministre

Finalement, Michel Barnier a dit oui au renouvellement de l’autorisation du Cruiser. Toutefois, il s’agit d’un oui au conditionnel. Comme si le ministre de l’Agriculture devait se justifier au-delà même du nécessaire. En effet, aucune mortalité n’a été observée sur les quelque 154 000 hectares qui ont bénéficié de ce traitement de semences. Ni lors des semis, ni pendant la floraison du maïs. Les résultats de terrain – grandeur nature – auraient dû lever les quelques doutes résiduels quant à l’innocuité de cette molécule (dans la mesure où elle est utilisée correctement). Les restrictions d’usages imposées par extrême prudence l’année dernière auraient donc pu être levées, et avec un peu d’audace, le procès de réhabilitation du Gaucho et du Régent aurait même pu être entamé.

Mais Michel Barnier a préféré montrer qu’il est à l’écoute de tout le monde, y compris des associations environnementalistes les plus radicales et des syndicats apicoles aveuglément hostiles à ce type d’insecticides. Ce qui n’a d’ailleurs pas empêché ces derniers de réagir vivement le jour même de l’annonce du ministre, le menaçant de le traîner devant les tribunaux. Et ce n’est pas le renforcement du protocole de suivi qui rassurera ces militants anti-pesticides, engagés dans une bataille qui va bien au-delà d’une simple molécule. Ni le fait que le ministre se soit contenté d’une demi-mesure d’autorisation sur six mois, avec interdiction de semer du maïs traité Cruiser après le 15 mai 2009. Et si le maïs grain, le maïs ensilage et le porte-graine femelle pourront être protégés, comment justifier en revanche que le maïs doux et le porte-graine mâle resteront encore orphelins ? En outre, Michel Barnier n’a autorisé les agriculteurs à utiliser le Cruiser qu’une année sur trois sur une même parcelle, alors qu’aucune alternative efficace n’existe contre le taupin – sauf à accorder une énième dérogation aux carbamates.

Le plus curieux reste l’appel du ministre aux firmes phytopharmaceutiques afin qu’elles « trouvent des solutions de substitution » à une famille de produits qui rencontrent partout dans le monde un vif succès. Dans son communiqué de presse du 17 novembre 2008, Michel Barnier indique même avoir sollicité l’Institut national de la recherche agronomique pour évaluer les pratiques des autres pays européens dans la lutte contre le taupin. La réponse est pourtant connue : les agriculteurs des autres pays producteurs de maïs (hormis l’Italie) disposent non seulement du Cruiser, mais du Gaucho et du Poncho. En France, le dossier d’homologation du Poncho peine toujours à aboutir, grâce aux habiles chicaneries du ministère de l’Agriculture, déterminé depuis le début à enterrer un dossier considéré comme trop explosif.

Trop explosif également s’avère le lancement d’une enquête nationale sur l’état sanitaire du cheptel apicole français. Or, « la polémique sur le Cruiser masque les vrais enjeux de l’apiculture », analyse le syndicat des apiculteurs professionnels (spmf). Certes, la nomination de Gérard Venereau, membre de la brigade nationale d’enquête vétérinaire, va dans le bon sens. Ce dernier vient en effet d’être chargé par Michel Barnier de centraliser toutes les observations sur les mortalités d’abeilles. Cependant, pour obtenir une évaluation précise de la santé des abeilles, cette mission risque fort d’être insuffisante…

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