Être éleveur bio n’est pas toujours aisé !

Cet été, les éleveurs bio ont eu quelques misères. Avec un climat particulièrement défavorable aux cultures – un hiver long suivi d’une période sans pluie –, les récoltes n’ont pas toujours été au rendez-vous. Ce qui a surtout pénalisé les systèmes fourragers basés sur l’herbe. Pour toutes les régions du nord de la France, le niveau de production annuelle a été inférieur de 10 % à la normale, et de moins de 20 % dans les Pays de la Loire et en Picardie, comme le note La France Agricole. Jean-Luc Fossé, éleveur laitier bio dans le sud de l’Ille-et-Vilaine, n’a quant à lui récolté que « 70 % de la normale sur la première coupe, et plus rien sur les pâturages suivants ». Sur ses 100 hectares, il cultive un peu de maïs. Mais cette année, ses rendements sont plutôt mauvais. Pour remplir le ventre des vaches, il a donc dû acheter à l’extérieur « essentiellement de la paille et de la luzerne ». Mais « il faut autre chose que de la paille pour produire du lait », rappelle l’éleveur, car le fourrage produit sur l’exploitation est censé rester la ration de base de l’alimentation. Bref, faire du bio, c’est bien, mais encore faut-il que les aléas climatiques le permettent…

Comme beaucoup d’autres éleveurs bio, Jean-Luc Fossé s’est finalement résigné à demander une dérogation pour obtenir du fourrage conventionnel. Une solution pas très orthodoxe pour un éleveur bio, mais qui a été imposée par les conditions climatiques particulières de cet été. Celles-ci ont conduit les membres de la Commission permanente « agriculture biologique » de l’Institut national des appellations d’origine (Inao) à se pencher dès le 8 juillet 2010 sur le problème. Ils ont défini un cadre précis pour cette dérogation exceptionnelle, autorisée dans les 51 départements touchés par la sécheresse. Ainsi, jusqu’à la prochaine mise à l’herbe en 2011, les fourrages non biologiques sont admis dès lors qu’ils ne dépassent pas 50 % de la ration des animaux. « On ne peut pas faire n’importe quoi car les dérogations sont très encadrées », rassure toutefois Jean-Luc Fossé. L’éleveur a reçu de son organisme certificateur un courrier personnel lui indiquant la marche à suivre. « L’usage de céréales non bio reste interdit. Je ne peux utiliser que de la luzerne, du foin ou des pailles conventionnelles, et, en priorité, pour les animaux qui ne sont pas destinés à l’abattage et qui ne fournissent pas de lait », explique-t-il.

Reste à définir exactement ce que veulent dire les mots « en priorité » ! Car le cahier des charges bio autorisant déjà l’intégration de 10 % d’aliments conventionnels dans la ration alimentaire, rien n’empêche les éleveurs de nourrir l’ensemble de leur cheptel, y compris les bêtes qui fournissent du lait, avec un fourrage conventionnel. D’autant plus qu’« à partir du moment où la dérogation est obtenue, le produit n’est pas déclassé », comme le confirme Julie Basdevant, responsable communication chez Écocert. En clair, impossible pour le consommateur de distinguer dans son magasin le lait bio du lait « presque » bio…

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