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Résidus de pesticides dans l’alimentation : les chiffres rassurants de l’Efsa

Agiter le danger des résidus de pesticides dans l’alimentation est devenu pour les ONG écologistes une arme de lobbying massif. Pourtant, ces campagnes anxiogènes sont en contradiction totale avec les chiffres rassurants du dernier rapport de l’Efsa, qui s’appuie sur l’analyse de plus de 130000 échantillons

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a rendu public, le 14 mai, son Rapport 2023 de l’Union européenne sur les résidus de pesticides dans les aliments, qui livre de nombreux résultats de nature à rassurer les consommateurs sur la qualité sanitaire de notre alimentation.

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Néanmoins, l’association de lobbying européen antipesticides Pan Europe a immédiatement réagi en affirmant que ce nouveau rapport de l’Efsa « confirmait une exposition généralisée », évoquant notamment une « augmentation des cocktails de pesticides dans les aliments européens ». Des éléments de langage aussitôt repris par Libération, qui répercute les propos d’une responsable de Pan Europe, Angeliki Lysimachou : « Les citoyens européens sont exposés à des mélanges de pesticides, alors que les autorités continuent d’ignorer les risques liés à cette exposition cumulée. » Le quotidien donne ensuite la parole à l’association Générations Futures, qui affirme que « ces limites sont fixées sur la base de données anciennes et reposent sur l’hypothèse dépassée selon laquelle les consommateurs ne seraient exposés qu’à une seule substance à la fois ».
Que dit réellement le rapport ?

Un contrôle des plus stricts au monde

Tout d’abord, il rappelle que l’Union européenne (UE) s’est dotée de l’une des politiques de contrôle et de surveillance de l’alimentation la plus stricte au monde. Dans la dernière édition du rapport, pas moins de 132 793 échantillons d’aliments (dont 11 167 échantillons d’aliments transformés) ont été pris en compte. Cela comprend les résultats du programme de contrôle coordonné par l’UE (13 246 échantillons), qui recueille des données suffisamment représentatives sur le plan statistique pour permettre d’estimer l’exposition des consommateurs de l’UE à ces résidus. Le programme de l’UE vise à échantillonner des mêmes produits tous les trois ans, afin de faire un suivi des tendances. Pour 2023, 197 pesticides différents ont été recherchés dans 12 produits alimentaires : carottes, choux-fleurs, kiwis, oignons, oranges, poires, pommes de terre, haricots secs, riz brun, seigle, foie de bovin et graisse de volaille.

Tout d’abord, le rapport rappelle que l’Union européenne s’est dotée de l’une des politiques de contrôle et de surveillance de l’alimentation la plus stricte au monde

Pour ce qui est des programmes nationaux de contrôle pluriannuels, les résultats sont recueillis à partir des données d’échantillonnages ciblés, en mettant l’accent sur certains produits susceptibles de contenir des résidus en concentrations supérieures aux limites légales, ou sur des produits plus susceptibles de présenter des risques pour la sécurité des consommateurs. En effet, chaque pays de l’UE se doit de procéder à une surveillance des résidus, de la même façon qu’il y a de multiples contrôles sur les risques de contamination d’origine bactérienne. Ainsi, en France, on peut rappeler que la Direction générale de l’alimentation a présenté, en janvier dernier, son plan de surveillance des résidus de pesticides 2025 qui testera 68 636 produits alimentaires, portant sur les denrées alimentaires d’origine végétale et l’alimentation infantile dans toutes les régions françaises, y compris les Dom-Tom.

Non moins stricte est la législation européenne sur les limites maximales de résidus de pesticides (LMR), qui concerne aussi bien les denrées alimentaires produites en Europe que les importations en provenance de pays tiers. Au cas où un pesticide n’est pas spécifiquement mentionné dans le règlement ou la base de données sur les résidus, la LMR est automatiquement fixée au très faible niveau par défaut de 0,01mg/kg.

D’excellents résultats

Sur les 132 793 échantillons analysés, 98 % étaient conformes à la législation de l’UE : 58 % ne contenaient pas de résidus quantifiables, donc assimilables à du zéro pesticide, 38,3 % contenaient des résidus dans les limites légales et 3,7 % dépassaient la LMR.

Pour souligner l’excellence des pays européens, on peut noter que, sur les 4977 échantillons qui ont dépassé les LMR, 73,8 % venaient de pays extérieurs à l’UE (Pakistan, Inde, Égypte, Turquie…) ou étaient d’origine inconnue. La France est particulièrement bonne élève, avec 96,4 % d’aliments conformes à la législation sur 9 024 échantillons analysés, et 71,4 % d’aliments zéro pesticide. Ce dernier chiffre n’est finalement pas très éloigné des 80 % d’aliments sans résidus quantifiables de l’agriculture biologique européenne.

Par ailleurs, s’agissant du glyphosate, qui a tant défrayé la chronique, on apprend qu’il a été analysé par 26 pays dans 15 591 échantillons alimentaires mais, au grand dam des écologistes, n’a pas pu être quantifié dans 15 256 d’entre eux, c’est-à-dire dans 97,9 % des cas. De même, des résidus de glyphosate ont été analysés dans 399 échantillons d’aliments pour nourrissons et enfants en bas âge, et tous les échantillons étaient inférieurs à la limite de quantification. Quant à l’Ampa, métabolite du glyphosate, il a été quantifié dans 14 échantillons à peine sur 8 308, c’est-à-dire 0,2 % des cas. Ces données rassurantes confortent par ailleurs l’hypothèse que la campagne des « Pisseurs de glyphosate » relevait, au mieux, d’une méthode d’analyse erronée et, au pire, d’une manipulation médiatique…

Et quid des risques sanitaires ?

Le fait que l’Efsa procède aussi à une évaluation du risque sanitaire dans le cadre de son analyse des résultats, qui occupe près de la moitié du rapport, a donné lieu à très peu de commentaires.

Cette évaluation indique la probabilité que les consommateurs soient exposés, de façon aiguë ou chronique, à une quantité de résidus excédant un certain seuil de sécurité. Et la conclusion de l’agence européenne est sans ambiguïté : l’exposition estimée aux résidus de pesticides dans les aliments testés ne présente qu’un très faible risque pour la santé des consommateurs.

Comme l’explique l’Efsa, « L’évaluation probabiliste des risques aigus a révélé que pour 292 substances actives sur les 353 évaluées, la probabilité de dépassement de la dose de référence aiguë est estimée à moins d’un consommateur individuel par jour sur un million pour les 40 produits alimentaires de base et 30 enquêtes couvrant 30 sous-populations européennes et 17 États membres de l’UE faisant l’objet de l’évaluation ». La dose de référence aiguë est la quantité maximum de substance qui peut être ingérée par le consommateur pendant une courte période, sans risque d’effet dangereux sur sa santé.

Pour la modélisation probabiliste chronique, l’Efsa a pris en compte la dose journalière admissible (DJA) de 353 substances actives – la DJA étant la quantité estimée d’une substance présente dans les aliments ou dans l’eau potable qui peut être consommée quotidiennement pendant toute la durée d’une vie sans présenter de risque notable pour la santé. Le risque des consommateurs réels a été calculé sur la base de leurs habitudes alimentaires individuelles, une approche plus sensible aux consommateurs extrêmes, afin de donner une vision plus claire de la probabilité que certains consommateurs au sein de la population soient à risque. L’Efsa enfournit l’explication :

Au grand dam des écologistes, le glyphosate n’a pas pu être quantifié dans 15256 des 15 591 échantillons, c’est-à-dire dans 97,9% des cas

« Cela permet de saisir la distribution de l’exposition, y compris l’extrémité supérieure de la distribution pour les niveaux d’exposition extrêmes au sein des sous-groupes de la population de consommateurs. La probabilité de dépassement de la DJA doit donc être comprise comme le pourcentage de grands consommateurs du groupe de population évalué dépassant la DJA sur une période de long terme. »

Conclusion pour le risque chronique ? La probabilité de dépasser la DJA a été estimée à moins d’un sujet sur un million sur 350 des 353 substances actives. Pour les trois substances restantes, il n’y a pas de quoi s’affoler non plus, puisque le pourcentage estimé de consommateurs dépassant la DJA était compris entre 0,000 % et 0,932 %. Et dans ces derniers cas, il s’agit de consommation élevée ou extrême de certains aliments transformés, selon les précisions de l’agence : « Dans le cas du pirimiphos-méthyl, l’estimation est liée à une consommation élevée (ou extrême) d’un aliment transformé spécifique (pour lequel un facteur de transformation n’est pas disponible) par seulement deux consommateurs, chacun dans une enquête différente. Dans le cas de l’imazalil et du pyriméthanil, les estimations sont liées à la consommation de concentré de jus d’orange pour lequel aucun facteur de transformation n’est disponible. » Le facteur de transformation est le rapport entre les résidus présents dans le produit transformé et ceux présents dans le produit non transformé, la transformation d’un produit agricole pouvant modifier la quantité de résidus de pesticides qu’il contient.

Accroître l’efficacité

L’Efsa – puisque cela fait également partie de ses attributions – formule aussi des recommandations visant à accroître l’efficacité des systèmes européens de contrôle sur les résidus de pesticides.

Ainsi, l’agence conseille par exemple aux États membres de pour- suivre les enquêtes et la surveillance des combinaisons de pesticides et de cultures entraînant des cas de non-conformité, et de continuer à contrôler les résidus de pesticides dans les échantillons importés depuis l’extérieur de l’UE en utilisant un large champ d’analyse. Le rapport liste dans ses conclusions des combinaisons pesticide/culture à l’origine de non-conformités, qui devraient faire l’objet d’un examen plus approfondi des États membres et d’un suivi au cours des années afin de confirmer la diminution de leur fréquence, que ce soit à partir d’échantillons provenant du marché de l’UE ou de l’extérieur du marché commun. Et concernant les risques sanitaires, de futurs travaux s’appliqueront à inclure davantage de produits (par exemple, les produits d’origine animale, les produits de cultures mineures) et, dans l’évaluation aiguë, à calculer le risque uniquement pour les événements d’exposition élevée.

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