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Recherche résidus de pesticides désespérément

En concluant à « la quasi-absence de résidus de pesticides modernes » dans plusieurs réserves naturelles françaises, l’enquête de Pollinis s’est révélée bien décevante pour le lobby antipesticides. Et elle est unanimement passée sous silence dans les médias

« Air, eau, sols, aliments, faune et flore : nous sommes toutes et tous exposés aux pesticides », assène France Nature Environnement sur son site dans un dossier consacré aux pesticides, alimentant ainsi le discours anxiogène sur une prétendue omniprésence des pesticides.

Un argument notamment utilisé par le journaliste décroissant Stéphane Foucart lors des débats autour de la loi Duplomb. Celui-ci brandissait ainsi une étude scientifique selon laquelle l’acétamipride avait été détecté dans l’eau de pluie au Japon, occasionnant ce que certains se sont empressés d’appeler une « pollution silencieuse ». Cette rhétorique est également portée par l’association Pollinis qui, forte d’un budget de plus de deux millions d’euros, mène un intense lobbying contre les pesticides, en France comme à Bruxelles.

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Le « Projet contamination » de Pollinis

Depuis 2024, Pollinis s’est ainsi intéressée à la présence de résidus de pesticides dans les réserves naturelles, pour suggérer que ces espaces seraient de potentielles « victimes d’une pollution silencieuse, menaçant la faune et la flore exceptionnelles qu’ils abritent ».

Au début du mois de juin 2025, Pollinis a ainsi rendu publics les résultats d’une enquête réalisée dans le cadre de son « Projet contamination », visant « à effectuer des analyses chimiques approfondies afin d’évaluer l’étendue de la contamination aux pesticides des sols français, avec un accent particulier sur les réserves naturelles ». L’association y explique avoir fait analyser, en 2024, 64 échantillons de sols et 34 échantillons de fleurs dans 14 réserves naturelles du sud de la France. Pour assurer de la rigueur de sa démarche, l’association précise que tous les échantillons « ont été prélevés par des techniciens de terrain, formés à l’échantillonnage et à la manipulation des sols » et qu’ils ont ensuite été analysés « dans un laboratoire accrédité Cofrac, en utilisant la méthode de spectrométrie de masse LC-MS et GC-MS pour évaluer la présence de 650 pesticides et métabolites ».

Résultats ? Sur les 98 échantillons provenant des réserves, des résidus de pesticides ont été détectés sur… 6 échantillons de sols et 2 échantillons de fleurs. Autant dire : quasiment nulle part. D’autant que pour les échantillons de sols, il s’agit uniquement de métabolites de DDT, un insecticide qui n’est plus utilisé en France depuis bien longtemps. « La présence est très probablement d’origine historique, le DDT étant interdit depuis plusieurs décennies », concède Pollinis. Quant aux fleurs, les résidus des deux échantillons (avec la présence de huit fongicides différents) sont d’un ordre de grandeur presque nul. Pollinis précise que « la concentration la plus élevée de pesticides détectée est de 0,023 mg/kg (Phtalimide) dans les échantillons de plantes ». Finalement, Pollinis ne peut que constater « la quasi absence de résidus de pesticides modernes », ce qui porte un sacré coup au récit de l’omniprésence des pesticides. Cette excellente nouvelle explique peut-être l’union sacrée silencieuse réservée par les médias à ces résultats…

Et du côté de Pollinis, la réaction est plutôt cocasse : n’ayant pas obtenu les résultats escomptés, plutôt que d’acter des chiffres rassurants, l’association préfère modifier le protocole de son étude ! Ainsi, pour expliquer ce « relativement faible nombre d’échantillons positifs aux pesticides », elle note que « la plupart des réserves naturelles échantillonnées étaient éloignées des zones agricoles », et que « l’échantillonnage n’a pas toujours coïncidé avec les périodes d’application maximale des pesticides ».

N’ayant pas obtenu les résultats escomptés et plutôt d’acter des chiffres rassurants, Pollinis préfère modifier le protocole de son étude

Enfin, elle déplore que « les limites de détection de laboratoire (0,01 mg/kg) ne permettent pas de détecter des niveaux très faibles de tous les pesticides présents ». Pollinis entend donc rectifier le tir sur l’année 2025, en annonçant la poursuite de « l’échantillonnage des réserves naturelles ainsi que la collecte de données en dehors des réserves ». À savoir dans la région Île-de-France. Un choix qui est loin d’être anodin en raison de « la proximité d’une large partie des réserves naturelles de cette région avec des exploitations agricoles ». Le lobby antipesticides espère de la sorte « détecter des pesticides dans un plus grand nombre d’échantillons et à des concentrations plus élevées ». Une façon de reconnaître de facto que l’association adapte son protocole en fonction des résultats qu’elle espère obtenir. Bref, le contraire même d’une démarche scientifique.

Et une fois l’ensemble des échantillons analysés, Pollinis claironne qu’elle « sera également en mesure d’identifier le risque d’exposition aux substances trouvées dans les prélèvements pour les pollinisateurs, grâce à un partenariat avec le département d’agriculture, des forêts et des sciences alimentaires de l’université de Turin ». Tout cela en cohérence avec la stratégie bien rodée de Pollinis : minimiser l’absence de résidus de pesticides et dramatiser leur présence.

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