Verts de peur !

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Éva Joly, la future candidate des écologistes à l’élection présidentielle, a affirmé sa volonté de rassembler « ceux qui ont peur des fins de mois et ceux qui ont peur de la fin du monde ». Une formule-choc que l’ex-magistrate a empruntée à Daniel Cohn-Bendit. Rien de très nouveau dans ces paroles, puisque les écologistes se sont toujours adressés à ceux qui ont peur de la mondialisation, peur du nucléaire, peur de l’alimentation industrielle, peur des produits chimiques, peur des ondes électromagnétiques, peur des OGM, peur du changement climatique, peur de l’épuisement des matières premières. Bref, Les Verts, c’est le rassemblement de tous ceux qui sont verts de peur ! Certes, les écologistes n’ont pas le monopole de ce sentiment. D’autres mouvements politiques en usent et en abusent, d’autant plus que l’époque contemporaine et ses incertitudes s’y prêtent parfaitement. Comment ne pas avoir peur lorsqu’on a l’impression que l’avion est sans pilote ?

Ce n’est pas la première fois dans l’Histoire que des pans entiers de la population traversent une crise existentielle, due à des bouleversements sociaux et politiques que personne ne semble maîtriser. Dans les années 1930, après le Krach boursier de 1929 et la Grande dépression qui s’ensuivit, l’impression de fin du monde – ou en tout cas de fin d’un monde – était palpable. C’est pourquoi lors de son investiture, le 4 mars 1933, le Président Franklin Delano Roosevelt a tenu un discours grave, qui est resté inscrit dans les annales de l’Histoire : « Les valeurs boursières ont chuté à des niveaux fantastiques ; les taxes ont augmenté ; notre capacité à payer s’est effondrée ; partout les gouvernements font face à de sérieuses réductions de revenus ; les moyens d’échanges sont bloqués par le gel des courants commerciaux ; les feuilles mortes des entreprises industrielles jonchent partout le sol ; les fermiers ne trouvent plus de marchés pour leurs produits, et pour des milliers de familles, l’épargne de plusieurs années s’est évaporée. Plus important, une foule de citoyens sans emploi se trouve confrontée au sinistre problème de sa survie, et à peu près autant triment pour un salaire misérable. Seul un optimiste idiot pourrait nier les sombres réalités du moment. » Et pourtant, le Président élu affichait sa « ferme conviction que la seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même ». Grâce à cet état d’esprit, il a réussi la plus grande mobilisation de tout un peuple, le sortant de la crise et lui redonnant espoir. Quarante-cinq ans plus tard, le 22 octobre 1978, lors de la messe inaugurale de son pontificat, Jean-Paul II a lui aussi prononcé un discours devenu célèbre. « N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ, à sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des États, des systèmes politiques et économiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation et du développement », a-t-il déclaré, en guise de défi aux régimes totalitaires qui occupaient alors les terres de l’Europe de l’Est. Son message a été entendu, et moins de vingt ans plus tard, le Mur de Berlin s’est effondré, rendant la liberté à des millions d’hommes et de femmes.

Ces deux personnalités, chacune à leur manière, savaient que la peur ne peut en aucun cas devenir le moteur d’une espérance ou d’un projet. Elle n’est que « l’indéfinissable, la déraisonnable, l’injustifiable terreur qui paralyse les efforts nécessaires pour convertir la déroute en marche en avant ». Elle est le fonds de commerce de l’écologie politique.

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