Interfel privée de classe dans les écoles publiques

edito gil riviere-wekstein

Alors que le ministère de l’Agriculture souhaite promouvoir une alimentation saine et équilibrée, c’est-à-dire riche en fruits et en légumes frais, le tribunal administratif de Paris vient de refuser d’accorder à Interfel, l’interprofession des fruits et des légumes frais, l’agrément lui permettant de poursuivre ses actions pédagogiques dans les classes des écoles publiques. Cela fait pourtant plus de dix-huit ans qu’une petite vingtaine de diététiciens intervient auprès des enfants de la maternelle jusqu’au lycée pour les inciter à consommer davantage de fruits et légumes. Et ce n’est vraiment pas un luxe au regard de leur maigre place dans l’alimentation… Ainsi, selon le Credoc, seulement 25 % des Français ont consommé au moins 5 portions de fruits et légumes par jour en 2016, un pourcentage en constante diminution sur les six dernières années (ils étaient 31 % en 2010). Et pour les jeunes de 2 à 17 ans, c’est la catastrophe. En effet, ils ne seraient que 6% à suivre ces recommandations, constate Bruno Dupont, le président d’Interfel.

Or, comme le note l’interprofession, ces interventions accordées au cas par cas par les directeurs d’établissements – essentiellement des ateliers culinaires et sensoriels ou des dégustations de fruits et légumes avec sensibilisation à l’équilibre nutritionnel et au goût– ont fait face à une opposition grandissante au fil du temps, principalement sous prétexte qu’Interfel n’avait pas l’agrément requis pour procéder à de telles actions au sein d’établissements publics. Ceci explique sa demande auprès du ministère de l’Education, déposée en avril 2015, mais qui fut rejetée « au motif que les éléments du dossier ne permettaient pas d’établir le caractère d’intérêt général des actions conduites par cette association, condition requise par l’article en cause pour la délivrance d’un agrément national ». Un point de vue contesté par Interfel, mais, finalement, partagé par le tribunal administratif de Paris qui vient également de rejeter la requête déposée par l’interprofession en juillet 2016.

Comment expliquer une telle décision qualifiée d’« incohérente » par Bruno Dupont, son président ? Selon les magistrats, Interfel a certes « pour objet d’assurer la promotion des produits et des métiers de la filière fruits et légumes et de ses intérêts collectifs », mais « auprès de l’ensemble des catégories de population ». Autrement dit, les animations proposées par l’association interprofessionnelle ne sont pas à destination exclusive des enfants. Et surtout, elles viseraient « indirectement et à terme à encourager et promouvoir la consommation des fruits et des légumes frais », sans que soit garantie la nécessaire distance entre ces animations et les intérêts de la filière. En clair, dans la mesure où l’augmentation de la consommation de fruits et légumes frais par les enfants bénéficie aux adhérents d’Interfel, ces actions pédagogiques ne revêtent pas un « caractère d’intérêt général » ! Tout cela est d’autant plus ubuesque que selon l’article L312-17-3 du code de l’éducation, « une information et une éducation à l’alimentation » doivent être dispensées dans les écoles. Elles constituent précisément un « axe prioritaire de santé publique». C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’Interfel participe au programme « Des Fruits, des légumes et du lait à l’école », financé par l’Union européenne, et élaboré en partenariat avec… l’Education nationale. Bienvenue en Absurdie !