Le vote décisif du centre droit

edito gil riviere-wekstein

S’il serait assurément hasardeux de faire des pronostics concernant les élections présidentielles d’avril 2022 à partir des résultats des élections régionales et cantonales qui ont eu lieu les 20 et 27 juin, certains enseignements, particulièrement pertinents pour le monde agricole, se dégagent cependant d’ores et déjà de façon assez claire.

Ainsi, aucun élément ne permet de confirmer le scénario présenté depuis des mois par la presse comme une finale inéluctable entre les deux seuls candidats qui auraient accès au second tour, à savoir le président sortant Emmanuel Macron et la candidate du RN, Marine Le Pen, dont la contre-performance a mis en évidence la fragilité de son électorat. Cette dernière reste cependant une candidate crédible pour les qualifications du second tour des présidentielles, en raison d’une base suffisamment solide et du fait qu’elle saura davantage mobiliser les électeurs qu’un Sébastien Chenu, un Thierry Mariani ou un Jordan Bardella ne pourraient le faire. En revanche, rien n’est moins certain du côté d’Emmanuel Macron, qui n’a toujours pas réussi à enraciner dans le pays un véritable mouvement politique. Et si, du côté de sa gauche, le mariage insolite entre le PS, les écologistes et la France Insoumise ne représente plus vraiment une menace, il n’en va pas de même à sa droite.

Comme le note la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) lors d’une enquête récente, la proportion de Français se situant à droite de l’échiquier politique s’est en effet accrue de manière continue, passant de 33 % en 2017 à 38 % en 2021, tandis que, sur la même période, la proportion de citoyens se situant à gauche est restée stable autour de 25 %. Même avec une abstention record, les résultats des élections régionales ont donc parfaitement traduit cette réalité électorale, la droite ayant conservé ses sept régions. Et surtout, les Républicains ont ainsi démontré leur capacité à présenter plusieurs candidats qui pourraient parfaitement devancer le président sortant au premier tour des élections présidentielles.

Par conséquent, le premier tour de la présidentielle va bien se jouer au centre droit, touchant un électorat constitué du monde rural et agricole, qui sera indispensable pour la qualification au second tour du candidat probablement opposé à Marine Le Pen. Il est évident que l’écoute actuelle manifestée par le président Macron au monde agricole, au travers de son ministre de l’Agriculture, n’est pas étrangère à cette réalité électorale, ses conseillers les plus lucides l’ayant certainement convaincu qu’il y a davantage à gagner à écouter la voix des campagnes que celle des écologistes radicaux, de toute manière perdus à sa cause. La compétition pour s’assurer du vote agricole est donc bel et bien lancée !