À quand un chèque alimentaire ?

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« Ce n’est pas la sécurité ou l’immigration qui vont faire l’élection présidentielle, mais le pouvoir d’achat », martèle le patron des sénateurs macronistes, François Patriat. Une analyse partagée par les deux journalistes politiques du Monde, Elsa Conesa et Olivier Faye, qui estiment que le pouvoir d’achat des Français est devenu « la grande peur du gouvernement ». 

Un « chèque énergie » de 100 euros sera ainsi attribué aux 5,8 millions de ménages déjà bénéficiaires du chèque énergie 2021, en raison de la flambée du coût du gaz et de l’électricité, tandis qu’une prime exceptionnelle de 100 euros – un « chèque classes moyennes » pour reprendre l’expression du Premier ministre Jean Castex – sera versée à celles et ceux qui gagnent moins de 2 000 euros nets par mois.

Il est vrai que les annonces de hausses des prix s’enchaînent, conséquence logique de l’augmentation du prix des matières premières. Et l’alimentation ne fait pas exception. « Après l’énergie, c’est au tour du prix de la baguette de grimper », constate FranceInfo. Interrogé par cette radio, le 25 octobre, Dominique Anract, le président de la Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie française évalue cette future hausse entre cinq et dix centimes. En sont responsables le prix du blé, bien sûr, mais aussi et surtout les coûts de l’énergie, des produits d’emballage et l’augmentation du Smic de 34,20 euros par mois. 

Cette situation est d’autant plus alarmante qu’une étude de l’Insee publiée au début du mois de septembre a révélé qu’en 2019, soit avant la crise du Covid, « une personne sur cinq était en situation de pauvreté monétaire ou de privation matérielle et sociale en métropole ». Entre 1986 et aujourd’hui, le nombre de repas servis par les Restos du cœur a ainsi été multiplié par 16 et la moitié des personnes qui accèdent à l’aide de l’association fondée par Coluche a moins de 25 ans.

Dans ce contexte, on est en droit de se poser des questions sur la finalité de la stratégie Farm to Fork qui privilégie l’environnement au détriment d’une vision économique. « L’un des effets évidents de Farm to Fork sera une volatilité des prix plus forte qui entraînera une augmentation du prix des denrées alimentaires pour les consommateurs européens », a alerté Philippe Mitko, président du Cocéral, lors de la conférence organisée par la Fédération du négoce agricole et le Synacomex, le 26 octobre.

Vouloir, par exemple, développer l’agriculture biologique, jusqu’à occuper 25 %  des surfaces agricoles de l’UE, alors que les prix des produits bio sont en moyenne 75 % plus élevés que ceux issus de l’agriculture conventionnelle, semble vraiment, comme l’a mis en évidence une étude réalisée par le mensuel Linéaires, un caprice de nantis…