Philippe de Villiers cherche-t-il à relancer la polémique contre le Gaucho ?

Dans un article paru dans l’édition du 29-30 juillet d’Ouest France, le journaliste Loïc Tissot se livre à un exercice difficile : il affirme que les abeilles se portent mieux depuis l’interdiction du Gaucho sur maïs et tournesol, tout en accusant l’insecticide de Bayer (encore utilisé sur blé et sur orge) d’être l’unique responsable des mortalités d’abeilles actuellement observées « dans de petites zones ».

« Les apiculteurs professionnels de Vendée retrouvent le sourire », déclare le journaliste. Ce dernier relate les propos d’un mystérieux « groupe de défense sanitaire des abeilles », qui lui aurait déclaré que le fait d’évoquer d’autres causes possibles pour expliquer la mortalité des abeilles (climat, maladie, manque de pollens) « heurtait ses oreilles » ! Visiblement, ce « groupe » fait allusion à Philippe Lecompte, apiculteur bio de la Marne, qui estime que la mise à mal de la biodiversité constitue l’une des causes majeures de l’hécatombe des abeilles. Philippe Lecompte a récemment expliqué dans la revue Valeurs Vertes qu’« au mois d’août, la biodisponibilité (alimentation) pour les abeilles décroît (en raison notamment de la hausse des températures), alors que le risque Varroa est maximal. Elles sont donc surexposées. A partir du moment où cet agent pathogène touche l’abeille, il la fragilise et facilite l’arrivée d’autres maladies dites opportunistes. Celles-ci profitent de l’entrée du virus pour s’engouffrer dans la brèche. C’est le cas de la nosémose par exemple, une autre maladie qui fait des ravages ».

Pour le groupe anonyme, la piste des maladies n’est pas sérieuse, car les maladies parasitaires « ne touchent pas la caste des butineuses ». « Pas si sûr », rétorque Daniel Limon, vice-président du Syndicat des producteurs de miel en France (SPMF). Il explique que « la découverte, par le Centre apicole régional de Castille-La Manche en Espagne, de la nosémose ceranae, pourrait très bien expliquer les mortalités estivales. Présente tout au long de l’année, la nosémose ceranae pourrait en effet provoquer un raccourcissement de la vie des abeilles d’été ».

Or, la présence en France de ce protozoaire est un fait avéré. C’est ce que vient de démontrer Raymond Borneck, président du syndicat des apiculteurs du Jura. En collaboration avec le laboratoire départemental d’analyses de Poligny, il a fait analyser six échantillonnages d’abeilles par l’institut espagnol de Guadalajara, l’un des rares laboratoires capables d’effectuer de telles analyses. « Nous avons fait analyser des échantillons de mortalités d’abeilles qui nous posaient des problèmes, c’est-à-dire des mortalités où il n’y avait aucune trace de diarrhée », explique l’ancien président de l’Itapi. Communiqués le 31 juillet, les résultats sont sans appel : cinq échantillonnages sur six se sont révélés positifs à la nosémose. « Pour nous, la cause est entendue, ce protozoaire est largement présent chez nous », affirme Raymond Borneck. Cette analyse est partagée par le SPMF, le seul syndicat d’apiculteurs professionnels. Son président, Michel Béraud, a d’ailleurs récemment adressé un courrier au ministère de l’Agriculture pour demander que des moyens financiers et humains soient mis à la disposition de la profession pour enquêter sur l’expansion possible de cette nouvelle maladie. « Notre syndicat appelle à la mise en place urgente d’un système d’analyse génétique moléculaire pour pouvoir analyser la présence des deux parasites Nosema apis et Nosema ceranae. Car nous avons des mortalités qui peuvent en effet faire penser que nous avons les deux parasites en cohabitation », peut-on lire dans ce courrier, dont une copie a été adressée à l’Afssa.

Cela pourrait-il expliquer les mortalités constatées en Vendée ? Pour en avoir le cœur net, il suffirait que le « groupe de défense sanitaire des abeilles » vendéen accepte de faire analyser ses abeilles. Philippe de Villiers, si sensible aux problèmes apicoles, devrait facilement lui fournir le financement nécessaire. D’autant plus que ce « mystérieux » groupe est essentiellement composé de deux amis de l’homme politique : Frank Aletru, de la FNSEA, et Claude Poirot, de la Coordination rurale. Tous deux sont membres du conseil d’administration de Terre d’Abeilles, une association écologiste radicale qui fait régulièrement de la publicité pour les ouvrages du député de Vendée. La présidente de cette petite association, Béatrice Robrolle, a d’ailleurs été candidate pour le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers ! C’est à se demander si le vicomte de Vendée, qui ne décolle pas dans les sondages, ne tente pas de relancer l’affaire des « pesticides maudits » en réactivant sa petite poignée d’apiculteurs dévoués.

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