La résurrection des abeilles espagnoles

Alors que la presse française continue de faire le silence sur le rôle fondamental de la nosémose ceranae dans les mortalités inhabituelles d’abeilles constatées par de nombreux apiculteurs, Mariano Higes, chercheur au Centre régional apicole de Marchamalo (Espagne), estime aujourd’hui qu’il n’y a plus aucun doute possible : c’est bien ce petit parasite d’origine asiatique qui est à l’origine des décès massifs d’abeilles, en tout cas en ce qui concerne les phénomènes observés ces dernières années en Espagne. Aujourd’hui, il n’est plus question de s’interroger sur le phénomène de mortalité, mais de le combattre efficacement. C’est ce qu’a entrepris l’équipe du chercheur, en s’associant avec des apiculteurs professionnels de la région de l’Alcarria.

« Nos résultats sont flagrants », explique Mariano Higes à Agriculture & Environnement : « les premiers résultats des ruchers qui ont été soumis à nos traitements indiquent que la production de miel a été doublée, et que celle du pollen a également augmenté. Par conséquent, nos mesures pour combattre Nosema ceranae commencent à porter leurs premiers fruits. »

Selon Mariano Higes, ce parasite pourrait toucher plus de 50 % des deux millions et demi de ruches officiellement recensées en Espagne. En conséquense, « c’est un problème très grave, qui nécessite un contrôle au niveau national », explique-t-il. Il rappelle que ces dernières années, 30 à 35 % des ruches ont disparu.

La principale mesure appliquée dans le cadre des traitements a été l’usage d’un antibiotique, le fumagillin, exclusivement utilisé contre les infections nosémales de l’abeille. Un rucher parasité, non correctement traité, peut provoquer un dépeuplement dans un délai de six mois à un an et demi, explique Mariano Higes. Cependant, selon lui, le fait de traiter une ruche ne met pas fin au risque. En outre, les ruches qui ne sont pas régulièrement contrôlées peuvent devenir des foyers à haut risque d’infection. Par conséquent, en plus du traitement par fumagillin, il faut procéder à des contrôles globaux, ce qui implique un suivi méticuleux des ruchers avec localisation précise des points à problèmes. « Toutes les ruches ne sont pas touchées d’une façon égale et il faut analyser l’ensemble des causes possibles : pesticides, acaricides, manque de nourriture, conditions climatiques, autres maladies, etc. », explique le chercheur espagnol. Certains herbicides et acaricides utilisés en agriculture ou par les apiculteurs eux-mêmes peuvent altérer le comportement de la ruche et sa résistance aux maladies, avertit Mariano Higes, « mais nous les avons trouvés dans seulement 8 % des ruches analysées ».

Officieusement, le centre d’apiculture de Marchamalo s’est transformé en laboratoire de référence mondiale pour ce qui est du problème des nosémoses. Aujourd’hui, des échantillons arrivent du monde entier. « Les Etats-Unis ont beaucoup tardé avant de nous transmettre des échantillons d’abeilles mortes. Nous devions en recevoir en avril, mais ils ne sont finalement arrivés que quelques mois plus tard », explique Mariano Higes. C’est à cette période que le Département d’Agriculture des Etats-Unis a annoncé le renforcement de son plan d’action visant à réaliser des recherches sur les causes des effondrements de colonies observés outre-Atlantique depuis plus d’un an – un phénomène baptisé CCD, pour Colony Collapse Disorder. Bien que ce ne soit pas encore la raison officielle, certains experts américains ont déjà émis l’hypothèse selon laquelle Nosema ceranae serait la principale cause de ces effondrements. D’autant plus que les échantillons américains se sont révélés porteurs du fameux protozoaire. (voir rapport de J. Pettis ) « Cependant, il leur semble difficile d’accepter que les causes des mortalités aient déjà été décelées par un “petit” laboratoire espagnol », peut-on lire dans la presse ibérique.

En France, certains syndicats apicoles hésitent encore à confier leurs abeilles mortes au laboratoire de Mariano Higes : la découverte du redoutable parasite confirmerait que l’accusation Gaucho-Régent était bel et bien… une fausse piste !

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