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Fin des cultures OGM ou emballement médiatique ?

Dans son édition du 20 septembre 2007, Le Monde titrait, à la forme affirmative : « La France s’oriente vers la fin des cultures des OGM ». Si le titre ne reflète pas le contenu plus prudent de l’article, les deux auteurs, Hervé Kempf et Christophe Jakubyszyn, laissent néanmoins entendre que les jeux sont faits et que, Grenelle de l’environnement ou non, la question des OGM est déjà tranchée. Il ne resterait à discuter que les contours et les modalités d’application du gel. Cette information, qui proviendrait d’un échange entre Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, et un groupe parlementaire de la majorité, est-elle véridique ?

Dans l’affirmative, la « fuite » de Jean-Louis Borloo semble davantage être un élément de stratégie de communication consistant à avancer petit à petit certaines cartes, que le fruit d’un hasard ou d’une mauvaise coordination avec le ministre de l’Agriculture. Cette hypothèse est d’autant plus crédible qu’au même moment, le tribunal correctionnel de Carcassonne a décidé le report sine die du procès de José Bové et de quatre autres prévenus, accusés d’actes de destruction de parcelles OGM. Dans les procès prévus à Toulouse et à Chartres, les procureurs ont également demandé le report. Ces signes laissent à penser que le gouvernement ne serait pas vraiment disposé à accepter une progression des cultures OGM en France. Quoi qu’il en soit, ils donnent beaucoup de gages aux faucheurs volontaires. Dans cette hypothèse, le Grenelle de l’environnement ne serait rien d’autre qu’une vaste opération de communication, et la présence des associations agricoles donnerait à ce show médiatique une crédibilité non méritée.

Dans le cas contraire, rien ne serait « arrêté à ce jour » sur la question des OGM, comme l’ont rappelé successivement Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, Laurent Wauquiez, porte-parole du gouvernement et Henri Gaino, conseiller spécial du Président Nicolas Sarkozy. Daniel Soulage, sénateur (UDF) du Lot-et-Garonne, qui faisait partie du groupe de parlementaires réunis autour du ministre de l’Ecologie, estime également que l’agitation suscitée par la petite phrase de M. Borloo est prématurée : « Il l’a peut-être dit mais seulement comme une éventualité parmi d’autres ! » Dans cette hypothèse, l’emballement médiatique et la précipitation des ONG à faire accroire qu’elles ont obtenu gain de cause ne relèvent de rien d’autre que de la manipulation. Pour les ONG, il s’agirait donc d’anticiper les décisions du gouvernement afin de lui imposer leur choix. Comme l’a déclaré très rapidement Christian Berdot, animateur de la campagne OGM des Amis de la Terre-France, au quotidien Sud-Ouest, « ça faisait un moment que l’on sentait que le gouvernement pouvait fléchir ». Pour sa part, José Bové a immédiatement « salué la décision de Jean-Louis Borloo de geler les cultures transgéniques et la commercialisation des semences OGM ». « La décision du ministre de l’Ecologie sonne pour José Bové comme “une victoire sur le principe qui justifie le bien-fondé de [son] combat » », commente quant à lui le Journal du dimanche.

Or, selon l’entourage du ministre de l’Ecologie, cité par Le Figaro, « le dossier est très chaud et chacun voudrait le voir évoluer selon ses propres choix, ce qui explique les effets d’annonce ». En outre, le ministre de l’Ecologie a affirmé le 21 septembre à la chaîne de télévision LCI n’avoir « fait aucune déclaration au Monde », alors qu’Hervé Kempf soutient que le ministre lui aurait déclaré : « Sur les OGM, tout le monde est d’accord : on ne peut pas contrôler la dissémination. Donc on ne va pas prendre le risque. » Cette stratégie de la part d’Hervé Kempf et de la rédaction du Monde ne serait pas une première. En effet, au printemps dernier, Le Parisien – suivi par quelques ONG -, avait placé dans la bouche du précédent ministre de l’Ecologie, Alain Juppé, des termes que ce dernier n’avait jamais prononcés au sujet d’un éventuel moratoire sur le maïs OGM MON 810. Cette tactique est doublement gagnante car elle permet soit d’imposer la mesure d’interdiction, soit, si celle-ci est récusée, de déclarer urbi et orbi que le ministre et le gouvernement se sont laissés intimider par le « lobby des semenciers » et par la FNSEA.

C’est d’ailleurs ce qu’affirme déjà Greenpeace, dont le chargé de campagne sur les OGM, Arnaud Apotheker, vient d’annoncer que les déclarations de Laurent Wauquiez sont dues à la « réaction extrêmement forte du lobby agricole ». « Si Jean-Louis Borloo, ministre d’Etat et numéro deux du gouvernement, est contredit en permanence par le ministre de l’Agriculture alors qu’il est d’un rang inférieur, ça montre qu’il est une marionnette », expliquait-il à l’Associated Press le 21 septembre dernier. Même discours du côté des Verts, qui ont déclaré que « Laurent Wauquiez reprend les mauvais réflexes d’une droite plus soucieuse de préserver ses relations avec les semenciers et agriculteurs de la FNSEA ».

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