Des frites bio pour « faire la chasse à la malbouffe » !

Depuis le Grenelle de l’environnement, la demande des collectivités locales pour des plateaux-repas bio à destination des cantines scolaires a explosé. C’est le constat qu’Eric Grunewald, chargé de mission à la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab), a dressé lors du salon Cantina 2009, qui a rassemblé les petits producteurs et les professionnels de la restauration collective le 12 mars dernier à la Défense.

Le hic, c’est que la production de nourriture bio ne suit pas, constate Henri Thépaut, président de la Fnab. « Nous ne disposons pas d’une production suffisante en France », a-t-il déclaré au journal Le Parisien. Résultat : les produits bio qui finissent dans les assiettes proviennent souvent d’Italie, d’Espagne ou des Pays-Bas, si ce n’est du Maroc, de Turquie ou de Chine. Comme l’indique Alain Roy, l’organisateur du salon, « une petite collectivité peut, sans trop de difficultés, se fournir localement en bio. Mais à partir de 800 ou 1000 repas par jour, il faut faire venir les produits d’ailleurs. » Certes, le gouvernement s’est fixé pour objectif de faire passer de 2 % à 6% les surfaces agricoles bio d’ici à 2012 afin de répondre à cette demande croissante. Toutefois, selon l’Agence bio, à l’heure actuelle, ce sont surtout les surfaces en vignes qui progressent sensiblement. « En France, la situation évolue positivement dans les secteurs de la viticulture, du maraîchage et des plantes aromatiques (PPAM) », confirme l’agence dans sa lettre d’information d’octobre 2008. A moins d’offrir un verre de petit rouge bio dans les cantines scolaires – ce qui risque fort de déplaire à Roselyne Bachelot ! –, il va falloir revoir la copie. L’agence note certes un certain déblocage dans le secteur laitier. « Néanmoins, les engagements dans le secteur des grandes cultures font encore défaut. Or, tous les transformateurs de France ont besoin de céréales et d’oléoprotéagineux bio pour nourrir les hommes et leurs animaux », admet Elisabeth Mercier, directrice de l’Agence bio.

« Jusqu’à maintenant, le bio était réservé à une clientèle de niche. On veut en faire une production de masse. Très bien ! Mais il ne faut pas s’étonner que l’on se trouve aujourd’hui à courir derrière le consommateur », déplore Eric Grunewald, qui estime les moyens mis à la disposition des filières bio totalement insuffisants. Nicolas Bailleux, directeur de la restauration chez Sodexo, le plus gros fournisseur de plateaux-repas, confirme que « la production française est nettement déficitaire », et s’interroge sur la pertinence d’importer des produits de l’autre bout du monde. « Cela n’a pas de sens ! », s’insurge-t-il. D’autant plus qu’à côté des produits bio, il existe des produits français de qualité (Label, etc…) qui peuvent parfaitement apporter une nourriture saine et bien plus équilibrée que des frites, même bio ! C’est pourtant ce type de mets que propose le responsable de la cuisine du lycée Liberté, à Romainville, pour « faire la chasse à la malbouffe ». « Quand je leur ai fait découvrir mes frites bio maison, ils n’ont plus voulu de frites congelées », explique René-Pierre Brachet, responsable de la cuisine du lycée. « Ça permet de manger autre chose que des trucs gras », a renchéri une élève, citée par Frédéric Mouchon dans Le Parisien du 13 mars 2009.

Combattre la malbouffe à coups de frites bio, il fallait oser !

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