L’abandon de la culture de café bio en Amérique centrale a commencé

Dans les entrepôts d’Amérique centrale, le café bio ne fait plus recette, révélait la revue américaine The Christian Science Monitor dans son édition de décembre 2009. « Cela a beau être l’un des meilleurs cafés du monde, les torréfacteurs n’en veulent plus » explique Gerardo de Léon, le directeur de la plus grande coopérative guatémaltèque qui regroupe 20.000 exploitants. « Je reçois tous les jours des appels d’acheteurs des Etats-Unis qui me demandent si j’ai du bio à vendre. Je leur annonce mon prix : 1,4 euro le demi-kilo… [pour du café vert non brûlé]. Et le café ne quitte pas l’entrepôt », poursuit le directeur. Certes, les quelques centaines de tonnes de café bio qui dorment dans des entrepôts du Guatemala finiront par trouver des acheteurs, mais au prix du café ordinaire. « C’est la raison pour laquelle de nombreux exploitants d’Amérique centrale commencent à renoncer au café bio : ils n’en obtiennent plus de prix préférentiels », note la journaliste Ezra Fieser.

Ainsi, du Mexique jusqu’au Costa Rica, au moins 10 % des cultivateurs sont revenus à la culture traditionnelle, qui atteint sans difficultés 880 kg à l’hectare contre moins de 520 kg en bio. Il y a une décennie, lorsque les cours du café s’étaient effondrés, des dizaines de milliers de cultivateurs latino-américains ont été encouragé par certaines ONG à se lancer dans les produits certifiés bio, qui rapportaient alors jusqu’à 40 % de plus que les produits similaires traditionnels. « Dans la mesure où les prix du café sont repartis à la hausse après la baisse des cours au milieu des années 1990, les producteurs n’ont guère de raisons financières de continuer à cultiver des graines bio », note la journaliste. José Pérez, un cultivateur qui a arrêté en 2009 le café bio, témoigne : « Je peux vendre du café non bio à un intermédiaire pour presque le même prix que du bio. Or avec des engrais et des pesticides, j’en récolte bien plus. »

Selon Daniele Giovannucci, ancien consultant à la Banque mondiale, José Pérez est un excellent exemple de « ces nombreux agriculteurs qui se sont vus promettre des avantages économiques par ceux qui voulaient les faire passer au bio »« Une très mauvaise idée », estime-t-il, car « comme on pouvait s’y attendre, aujourd’hui ils sont déçus ».

Jeremy Haggard, du Centre de recherche et d’enseignement d’agronomie tropicale du Costa Rica, en est convaincu : « Le café bio redeviendra un produit de luxe. » C’était pourtant l’un des rares produits bio dont l’écart de prix avec son correspondant conventionnel était très raisonnable.

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