Huit amendements adoptés en commission, des relais au centre et à gauche, un accès direct à Matignon et à l’Élysée : sur le volet « eau » de la loi d’urgence agricole, l’association Amorce a déployé un lobbying redoutable. Enquête sur un réseau peu visible mais efficace.
Quand l’Assemblée nationale a commencé l’examen du projet de loi d’urgence agricole, à la fin avril 2026, personne ou presque n’a prêté attention à Amorce, une association basée à Villeurbanne, forte de trente-sept salariés, qui avait pourtant préparé le terrain depuis des mois. Son bilan sur le volet « eau » du texte est fructueux : onze amendements mentionnant explicitement l’association dans leur exposé des motifs, dont lui adoppés en commission du développement durable. Et ces onze amendements ne sont qu’un indicateur minimal car la mention dans l’exposé des motifs de l’association, ainsi d’autres amendements peuvent avoir été rédigés avec l’aide d’Amorce sans que cela apparaisse.
Recevez notre newsletter A&E HEBDO pour ne pas manquer nos infos, analyses et décryptages.
À titre de comparaison, aucun amendement identifié comme émanant de la FNSEA n’a été adopté lors de cette commission. Ce score résulte d’une mécanique de lobbying rodée depuis près de quarante ans, discrète, institutionnelle et remarquablement efficace.
Un réseau pour un lobbying efficace
Fondée en 1987 pour promouvoir les réseaux de chaleur alimentés par l’incinération des déchets, Amorce revendique aujourd’hui plus de 1 100 adhérents, principalement des collectivités territoriales.
Son périmètre s’est d’abord élargi des déchets à l’énergie, puis à l’eau et l’assainissement. Soit à l’ensemble des compétences environnementales des collectivités locales. C’est précisément cette nature de réseau de collectivités qui fait sa force. Amorce ne se présente donc pas comme un groupe de pression mais comme une structure d’appui technique aux élus locaux.
Reconnue d’intérêt général, elle a été qualifiée par le ministère de la Transition écologique, lors de la signature d’une convention avec Barbara Pompili, de « principal réseau de collectivités territoriales et d’acteurs locaux engagés dans la transition
écologique ». Pourtant, elle est inscrite au répertoire des représentants d’intérêts de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), où elle déclare entre 300 000 et 400 000 euros de dépenses annuelles de lobbying pour quatre à six collaborateurs.
En dehors de la nébuleuse écologiste
Amorce ne navigue pas dans la sphère de l’écologie politique et ses amendements n’ont pas été portés par les députés de La France insoumise et ni par ceux du groupe écologiste, mais par des élus du centre et de la gauche modérée.
Ainsi, Anne-Cécile Violland, députée Horizons de Haute-Savoie, a déposé trois amendements, tous adoptés, tandis que Stéphane De Launey et Fabrice Barusseau, du groupe Socialistes et apparentés, ont travaillé sur l’article 8 relatif aux captages. La rapporteure Nathalie Coggia, députée Ensemble pour la République, a elle-même intégré les propositions d’Amorce dans quatre de ses amendements, dont trois ont été adoptés. Ce caractère transpartisan – majorité essentiellement, Horizons, socialistes – rend l’origine des propositions beaucoup moins visible.
Le cas de la députée Coggia mérite une attention. Élue lors d’une partielle en octobre 2025, cette ancienne directrice financière sans lien connu avec les agricoles a été nommée rapporteure pour avis sur les articles 5 à 8 – stockage, irrigation, captage – correspondant au périmètre exact du lobbying d’Amorce depuis cinq ans. Ses quatre amendements, qui reprennent explicitement les positions de l’association, ont contribué à durcir l’article 8 et à supprimer l’article 7. Qu’une rapporteure intègre à ce point les positions d’un représentant d’intérêts inscrit à la HATVP trait un niveau d’accès au dispositif législatif qui dépasse le simple dépôt d’amendements par des parlementaires sympathisants.
La force d’Amorce consiste donc en sa capacité d’agir par l’intérieur du système institutionnel, avec des parlementaires du centre et de la gauche modérée, sous couvert de défense du service public de l’eau. Lorsque le délégué général d’Amorce, Nicolas Garnier, est auditionné, il s’exprime ainsi au nom d’un réseau couvrant

