Salon de l’agriculture : agriculture familiale ou high tech ?

Avec 703 407 visiteurs, le cru 2014 du Salon de l’agriculture (SIA) a été excellent. Aucun Horsegate ni aucune crise de grippe aviaire n’est venu troubler le calme ambiant. «C’est la première fois depuis six ans que nous faisons un salon sans qu’une crise majeure occupe les médias», constate Jean-Luc Poulain, le président du SIA. Même les associations écologistes se sont montrées plutôt discrètes. La journaliste Isabelle Saporta a attendu la fin du Salon pour présenter son livre à charge contre la viticulture, tandis que France Nature Environnement et Greenpeace n’ont organisé aucune opération médiatique spectaculaire.

Bref, le ton était à l’apaisement. Ni huées, ni sifflets n’ont été entendus pendant les sept heures qu’a duré la visite du président de la République, le 22 février. Axé sur la compétitivité, la baisse des charges, voire la reconquête des marchés perdus, le discours de François Hollande a trouvé un écho favorable dans le monde agricole. « Il y a eu un dialogue fort avec le président de la République », a commenté Jean-Luc Poulain.

«Le discours nous convient, ce qui ne convient pas, c’est quand les actes ne suivent pas », a relativisé Guy Vasseur, le président des Chambres d’agriculture, qui est excédé par une réglementation environnementale jugée déconnectée de la réalité. D’où l’attention particulière accordée aux propos tenus par Philippe Martin, le ministre de l’Environnement. «L’écologie a besoin d’alliés, ces alliés, ce sont les scientifiques, les industriels et les agriculteurs », a déclaré le ministre, qui se refuse à adopter une «posture uniquement intellectuelle», c’est-à-dire qui consisterait à « tenir un discours extrêmement ambitieux mais qui n’aurait aucune chance d’être appliqué». «Le ton est donné et le gouvernement semble bien décidé à alléger les démarches des agriculteurs, pour agrandir ou moderniser leurs élevages notamment», note pour sa part l’AFP.

Omniprésent lors de ce qui sera probablement son dernier salon en tant que ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll a lui aussi tenté de rassurer. Il a même entrouvert la porte aux biotechnologies de «seconde génération»! «Demain, il y aura d’autres OGM, par exemple celui du riz doré, dans lequel on augmente la teneur en vitamine A, absolument nécessaire pour lutter contre la cécité, et qui méritera un vrai débat», a osé le ministre lors d’un entretien accordé à RTL. Des propos confirmés au cours de conversations privées qu’a eues le ministre avec plusieurs responsables professionnels. Il est vrai que cette année, les organisateurs du SIA ont voulu présenter une agriculture innovante. «Beaucoup de visiteurs, surtout chez les jeunes, se sont intéressés aux nouvelles technologies, l’utilisation du satellite, du drone, du robot en production animale et végétale, qui font l’agriculture de demain et changent complètement la nature du métier», souligne Jean-Luc Poulain.

Alors que l’édition 2014 était annoncée comme celle de « l’agriculture familiale », elle a plutôt été celle d’une agriculture high-tech, voire d’une «agriculture d’entreprise», pour reprendre les termes du rédacteur en chef d’Agrapresse, Hervé Plagnol. Il n’a pas tort. Et c’est tant mieux.

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