Pesticides: la guerre de sape s’intensifie

Avril 2014 : Le ministre de l’Agriculture annonce que l’utilisation des pesticides portant la «mention abeilles» ne pourra désormais s’effectuer que pendant les trois heures qui suivent le coucher du soleil.

Mai 2014 : 173 parlementaires proposent au gouvernement d’œuvrer pour interdire l’usage de tous les produits phytosanitaires de la famille des néonicotinoïdes sur toutes les cultures.

Juin 2014 : Stéphane Le Foll fait adopter un amendement afin de mettre en place des mesures restrictives pour l’usage des produits phytosanitaires aux alentours des «lieux sensibles». Par ailleurs, Ségolène Royal avance de quatre ans l’interdiction d’utiliser ces produits dans les espaces verts gérés par les communes (applicable en 2016 au lieu de 2020). Et elle interdit définitivement tout épandage aérien de pesticides sur l’ensemble des cultures qui pouvaient jusqu’à présent bénéficier d’une dérogation (maïs doux, maïs pop-corn, bananes, riz et certains vignobles).

«Ces épisodes montrent que la représentation nationale devient de plus en plus étrangère aux contingences du métier d’agriculteur», constate Philippe Pavard, journaliste à La France Agricole. «Le travail de diabolisation des pesticides a tellement porté ses fruits dans l’opinion que plus grand monde n’ose dire que, sans eux, notre assiette serait nettement moins remplie», ajoute-t-il. Le journaliste a entièrement raison. Depuis plus de quinze ans, les militants décroissants, les ONG environnementalistes, le lobby du bio, les opportunistes de l’UMP et du PS, et quelques journalistes aux motivations plutôt curieuses, mènent une véritable guerre de sape contre l’agriculture française. Car il ne faut pas se voiler la face : le sujet n’est pas la santé du consommateur ni celle de l’agriculteur, évoquées de manière opportuniste par cette «bande organisée» qui veut bouter hors de France les pesticides, après avoir gagné la première manche de la guerre contre les OGM. Pour preuve, les mêmes militants s’opposent aujourd’hui à la Ferme des mille vaches, devenue l’ignoble symbole d’une «agriculture productiviste» qu’on ne saurait tolérer au pays du fois gras et du confit de canard.

Et les résultats sont là : aujourd’hui, le pays importe du lait, du porc, de la viande bovine, de la volaille, et bien entendu une quantité considérable de produits bio (fruits et légumes). Réputée comme pays de la gastronomie, la France est désormais en train de perdre sa propre production de fruits et de légumes, les producteurs étant de moins en moins en mesure de protéger leurs cultures des ravageurs, par manque de produits phytosanitaires adaptés.

Faute d’avoir défini une stratégie nationale qui prenne en compte les réalités économiques, plutôt que les caprices environnementaux de bobos citadins, l’agriculture française poursuit sa contraction, alors qu’elle pourrait, au contraire, participer au redressement productif du pays. Et si certains secteurs tirent encore leur épingle du jeu –notamment les spiritueux et les céréales–, on peut se demander combien de temps cela va durer. Stéphane Le Foll ne devrait pas oublier que dans le «produire français», il y a le verbe «produire».

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