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Faut-il priver le Canard de maïs ?

On savait que les journalistes du Canard enchaîné étaient de grands spécialistes des problèmes agricoles en général et du maïs en particulier. Mais depuis le 16 septembre et la parution d’un article intitulé « C’est bon comme le maïs », ils se révèlent en outre d’excellents candidats à l’Ordre du mérite agricole. Ces bienheureux locataires du 173 de la rue Saint-Honoré, à Paris, ont en effet découvert les réelles raisons de la crise laitière que traversent nos campagnes. C’est le maïs ! Leur raisonnement mérite d’être largement diffusé tant il est décapant. Le voici : s’il y a six millions de litres en trop en Europe, c’est parce que les vaches produisent trop de lait. Et si les vaches produisent trop de lait, c’est parce qu’elles ne broutent plus de l’herbe comme à la belle époque, mais parce qu’elles ont été transformées en « formule 1 » par une nourriture trop riche en maïs. Pour résoudre la crise laitière, il suffit donc que les vaches « broutent tranquillement de l’herbe » plutôt que d’être nourries avec « cette céréale ultraprotéinée ». Logique ! Dire que les experts du ministère de l’Agriculture n’y avaient même pas pensé. Ni les éleveurs, qui seraient, à croire les propos du Canard, de grands imbéciles. Incroyable mais vrai, puisqu’ils n’ont toujours pas compris qu’ils dégageraient « plus de marge brut avec deux vaches à l’herbe qui font leurs 4000 litres de lait chacune qu’avec une formule 1 à 8000 litres qui roule au maïs ». Voilà bien la preuve qu’une réforme dans les lycées agricoles s’impose urgemment.

Sauf que si les éleveurs suivaient à la lettre les bons conseils du Canard, ils verraient rapidement dépérir leur cheptel ! Ses journalistes ont en effet juste oublié un petit détail : dans de très nombreuses régions de France, le maïs est surtout proposé aux vaches en période d’absence d’herbe à brouter, c’est-à-dire en hiver ou en période sèche ! Privées de maïs, et à moins de leur donner des brioches, les vaches risqueraient donc plutôt… de mourir de faim !

Pour le reste de l’article, rien à signaler sinon qu’il témoigne de l’absence criante de connaissances de son auteur : le maïs n’est pas riche en protéines, mais en énergie ; la culture du maïs n’aggrave pas le réchauffement climatique, puisqu’un hectare de maïs génère deux fois plus d’oxygène qu’un hectare de forêt et absorbe beaucoup plus de CO2 ; le lait des vaches nourries avec du maïs fourrage complémenté avec du colza ou de la luzerne n’est ni plus ni moins dangereux pour la santé que celui obtenu avec des vaches qui broutent de l’herbe ; enfin, le pompon, la différence des aides supposées être de 130 euros à l’hectare pour l’herbe contre 230 euros pour le maïs n’existe plus depuis 2010, puisque les aides perçues à l’hectare sont indépendantes des cultures.

Bref, en s’attaquant ainsi au maïs, un aliment qu’il sait pourtant si bien transformer en excellent foie gras, le petit palmipède a tout faux. Mais, restons généreux, nous n’allons pas le priver de sa bectance.

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