Cerises : le ministre (S. Le Foll) part sans payer la note

Le 27 avril 2017, le ministère de l’Agriculture a publié un décret au Journal Officiel afin de prolonger l’interdiction d’importation en France de cerises fraîches en provenance d’États où l’utilisation du diméthoate est autorisée pour traiter les cerisiers. Producteur dans l’Ardèche et membre du conseil d’administration des Jeunes Agriculteurs, Aurélien Soubeyrand répond aux questions d’A&E.

Dans son Bilan Cerise 2016, FranceAgriMer constate un déficit de production dans toutes les régions de France. Comment expliquez-vous cette situation ?

En 2016, nous avons été doublement pénalisés. D’une part, la météo n’a pas été très bonne en raison de températures fraîches au printemps, suivies d’épisodes de grêle, et d’autre part, nous nous sommes retrouvés avec des moyens de protection contre la mouche Drosophila suzukii qui n’ont pas été à la hauteur, Stéphane Le Foll ayant interdit le seul traitement efficace dont nous disposions, le diméthoate. Le ministre savait pertinemment que les produits de remplacement – des solutions dites « de contact », donc inefficaces contre les œufs et les larves – allaient entraîner les producteurs dans des impasses techniques. Et c’est ce qui s’est passé !

Au niveau national, FranceAgriMer estime le déficit de production à 16%. Confirmez-vous ces chiffres ?

Oui, mais comme toujours, ces moyennes cachent des disparités importantes. Ainsi, il a atteint 30% dans certaines régions comme Auvergne-Rhône-Alpes et Midi-Pyrénées. Personnellement, j’ai subi une perte d’environ 30 tonnes, pour un potentiel de 180 tonnes dans mes vergers. Et ma situation est loin d’être la pire, puisque je connais des producteurs qui ont perdu jusqu’à 80% de leur production ! En fin de saison, nous avons été nombreux à ne pas avoir pu ramasser les cerises tant les dégâts causés par ce redoutable ravageur ont été vastes. Environ 800 exploitations ont subi des pertes financières estimées à 12,5 millions d’euros au total. C’est largement supérieur à ce qu’avait imaginé Stéphane Le Foll, qui avait ouvert une enveloppe de dédommagement de 5 millions d’euros. Ce qui prouve bien que le ministre a totalement sous-estimé les conséquences de sa décision.

Heureusement, le décret interdisant l’importation des cerises traitées au diméthoate a au moins eu le mérite de nous protéger des importations de pays tiers. Notamment de l’Espagne, qui s’était gardé la possibilité d’utiliser le diméthoate en cas de fortes infestations de la mouche Drosophila suzukii, ou encore de la Turquie et du Canada, pays où le traitement est toujours autorisé. Grâce à ces interdictions, les prix se sont maintenus à un niveau très correct pour les producteurs, c’est-à-dire jamais en dessous de 1,80 euro le kilo, contre 1,50 euro, voire moins, pour les campagnes précédentes. Mais cela n’a bien entendu pas compensé les pertes de rendements. Dans ce contexte très particulier, la prolongation de l’interdiction est une mesure qui reste indispensable, sans pour autant résoudre le fond du problème.

Quelles ont été les conséquences pour le consommateur ?

Sans surprise, le consommateur est lui aussi perdant. C’est ce que révèlent très clairement les données récoltées par FranceAgriMer, qui note que pendant la pleine saison, les cerises ont été vendues par les grandes surfaces autour de 8,70 euros le kilo, contre 7,15 en 2015 et 6,10 en 2014. Ce qui représente une hausse de plus de 40% en deux ans pour le consommateur ! En moyenne, sur les dix semaines de la saison, les prix à la barquette étaient de 8,56 euros le kilo contre 5,32 en 2015. Il n’est donc pas étonnant que les achats de cerises aient connu un très fort recul par rap- port à l’année précédente : – 21% !

À ce rythme-là, la production française de cerises est plus que jamais menacée. N’oublions pas que depuis dix ans, les surfaces de cerisiers en production ont chuté de 30 %, soit presque un tiers de vergers en moins, et que cette évolution s’est accélérée depuis 2005. C’est un comble, car les Français plébiscitent de plus en plus les produits français, alors que Stéphane Le Foll nous a mis des bâtons dans les roues. Aujourd’hui, il ne veut pas assumer ses responsabilités. En effet, avant de partir, il a refusé d’indemniser toutes les pertes liées à sa décision.

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