pesticides : Le label «Zéro résidu» déjà sous haute surveillance

edito gil riviere-wekstein

A l’occasion du salon Fruit Logistica de Berlin, premier salon du commerce international des fruits, une conférence de presse s’est tenue au début du mois de février pour présenter un nouveau label baptisé « Zéro résidu de pesticides ». Une initiative portée par le collectif « Nouveaux Champs », qui réunit les grands noms du monde des fruits et légumes, notamment Paysans de Rougeline, Blue Whale, Oceane, Fruits et Compagnie, Pom’Alliance ou encore Lindor.

« Nous voulons répondre à une attente sociétale forte, car les consommateurs sont de plus en plus inquiets pour leur santé », a indiqué Gilles Bertrandias, président du collectif et par ailleurs directeur général de Paysans de Rougeline. En effet, selon une étude parue en 2016, « 79% des Français jugent probable le risque que les aliments nuisent à leur santé et 93% des Français considèrent que la présence de pesticides dans leurs aliments impacte leur santé».

Cela n’a rien d’étonnant au regard de l’impressionnante fabrique de la peur qui sévit dans notre pays depuis plus de dix ans. Faut-il rappeler qu’il y a chaque année, selon l’Ania, plus de 80 reportages à charge, suggérant systématiquement que notre alimentation présente un risque pour notre santé ? Nourrie par la grande distribution et le lobby de l’agriculture biologique, cette fabrique de la peur ne cesse de véhiculer des idées fausses, principalement autour des risques supposés que représenterait la présence de résidus de pesticides dans l’alimentation. Toute la stratégie marketing du lobby du bio repose sur ce postulat. Or, comme l’a encore rappelé le professeur Claude Got, « les risques alimentaires n’ont jamais été aussi faibles qu’aujourd’hui ». « Il y a une déconnexion entre le risque perçu et le risque réel. Il faut retrouver un peu de bon sens: garder le sens des proportions et hiérarchiser les facteurs de danger présents dans notre environnement », a-t-il indiqué dans une interview parue dans Libération le 16 février 2018.

Cette inquiétude autour de l’alimentation constitue aujourd’hui la principale incompréhension entre le monde agricole et la société. C’est pourquoi, s’il souhaite renouer le dialogue avec les consommateurs, le monde agricole doit être uni dans le combat contre cette dévastatrice fabrique de la peur. Il s’agit avant tout de rassurer sur la qualité exceptionnelle de l’ensemble de nos productions, qu’elles soient conduites en agriculture bio, raisonnée, intégrée ou conventionnelle. Nul besoin donc de nouveau label qui, au mieux, va rajouter de la confusion chez des citoyens déjà totalement désorientés, et au pire nourrir les marchands de peurs alimentaires.

D’autant plus qu’en admettant une présence de résidus inférieure à la limite de quantification, c’est-à-dire 0,01mg/kg, le label « Zéro résidu de pesticides » prête le flanc à une critique que ses détracteurs pourraient parfaitement utiliser pour décrédibiliser la démarche. Alerté par cette initiative qui va très vite être perçue comme menaçante par le lobby du bio, François Veillerette, le patron de l’association antipesticides Générations Futures, a déjà fait savoir ce qu’il en pensait : « C’est très facilement contournable donc #MauvaiseIdée », ajoutant : « #OnVaVérifierToutÇa ».