Le Bon, la Brute et le Truand

edito gil riviere-wekstein

Les Gardiens de la raison, dernier opus des deux militants décroissants Stéphane Foucart et Stéphane Horel, écrit en collaboration avec le sociologue Sylvain Laurens (auteur en 2019 de Militer pour la science), dessine un monde imaginaire bien particulier. Les personnages qui le peuplent se divisent en trois groupes, à l’image du célèbre western Le Bon, la Brute et le Truand

Comme on s’en doute, les auteurs se sont attribués le rôle des gentils, à savoir des détenteurs de l’authentique, la vraie, la pure science, tandis que les méchants – la brute et le truand – sont incarnés par les détracteurs des campagnes écologistes, forcément porte-parole de l’industrie. La brute et le truand, quand ils ne sont pas climatosceptiques, sont favorables au nucléaire, aux OGM, à la 5G et, cela va de soi, au glyphosate et aux pesticides. Ils défendent donc « un produit plus que l’avancée des connaissances », estime Sylvain Laurens. Et si ce qui distingue les truands des brutes est assez anecdotique – les premiers étant tout simplement financés par l’industrie alors que les seconds sont les idiots utiles des précédents – en revanche, ce qui les unit est fort simple : ils ne partagent pas la vision ellulienne et antilibérale des trois auteurs. 

Pour ce qui est du reste du livre, construit autour de liens fantasmés entre les brutes et les truands de cette « obscure » nébuleuse, on peut se demander, comme l’a fait Marcel Kuntz, qui a l’honneur d’être cité plus de quinze fois, s’il était vraiment justifié « d’abattre quelques arbres pour sa publication », tant les multiples erreurs factuelles relevées l’accablent d’un remugle d’enquête réalisée sans grand professionnalisme.

Curieusement, l’Afis, Association française pour l’information scientifique, fondée en 1968, et ses membres, en sont de toute évidence la principale cible, alors qu’un de leurs principaux objectifs a toujours été de dénoncer les pseudosciences irrationnelles très en vogue ces temps-ci. Un combat que, se dit-on, Foucart et Horel devraient en toute logique apprécier. Cependant, une revue minutieuse de leurs nombreux écrits ne fait pas apparaître le moindre article mettant en cause les mouvances des sciences « parallèles ». On se souvient même que, lors de la publication des liens avérés entre le Pr Séralini et de nombreux membres du mouvement Invitation à la Vie, Foucart avait préféré évacuer le sujet en proférant des attaques ad hominem contre l’auteur de ces révélations, bien plus sérieuses et fondées que « les mélanges de témoignages invérifiables, d’affirmations fausses, d’extrapolations hors contexte et d’insinuations », pour reprendre les propos de l’Afis, utilisés par Horel et Foucart pour tenter de disqualifier tous ceux qui font barrage d’une façon ou d’une autre à la propagande écologiste.