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La grande hypocrisie du lobby du bio

Alors que le parlement européen souhaite accélérer les négociations sur le cadre législatif des variétés obtenues grâce aux nouvelles techniques génomiques (NGT), l’eurodéputée suédoise Jessica Polfjärd a rendu publics les amendements proposés par la commission de l’environnement du Parlement européen. Le nouveau texte propose principalement deux modifications essentielles, à savoir de lever l’interdiction d’utiliser certaines NGT en agriculture biologique et de supprimer l’obligation d’étiquetage pour les semences NGT.

Il n’en fallait pas plus pour faire riposter le lobby du bio, qui s’est opposé « fermement aux changements concernant le bio ». « En juin 2023, une majorité écrasante du mouvement biologique européen a réaffirmé que le processus de production biologique devait rester exempt d’organismes génétiquement modifiés (OGM) », a ainsi martelé l’Ifoam, la voix européenne du lobby du bio, en rappelant que « les producteurs biologiques veulent et doivent répondre aux attentes des consommateurs qui souhaitent qu’aucun OGM, ancien ou nouveau, ne soit utilisé dans le processus de production biologique ». Son directeur, Eduardo Cuoco, estime pour sa part qu’« autoriser les NGT dans la production biologique et ne pas fournir les moyens juridiques et techniques pour garantir une production biologique sans OGM minera la confiance des consommateurs et mettra le marché biologique en péril ».

Quelle hypocrisie ! Cela fait en effet plus de vingt ans que les producteurs bio cultivent en toute légalité des OGM, qu’on retrouve ensuite aux étals des magasins bio sans que les consommateurs en soient aucunement avertis. Cela fait donc plus de vingt ans que le lobby du bio trompe les consommateurs en clamant haut et fort qu’il leur donne la possibilité « d’acheter des produits qui n’ont pas été obtenus par génie génétique ». Faut-il rappeler les propos de Daniel Evain, l’ancien secrétaire de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab), tenus lors d’un webinaire organisé par l’Ifoam Europe en février 2021, où il avait finalement admis cette gigantesque tromperie : « On dit toujours à nos clients qu’il n’y a pas d’OGM en agriculture biologique, et en fait on s’est rendu compte qu’avec la décision de la CJUE, il y a des OGM, mais ils ne sont pas réglementés. On est peut-être allé vite en besogne. »

Alors, puisque des OGM non réglementés, notamment ceux obtenus par mutagénèse, sont déjà autorisés en AB, à quel titre faudrait-il interdire ceux, également non réglementés, qui sont issus des NGT ? Ne serait-il pas plutôt temps de libérer les producteurs bio du carcan idéologique de certains de leurs dirigeants, encore englués dans des raisonnements qui datent du siècle dernier ?

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