Marquée par l’absence des bovins et une baisse de fréquentation de 27,9%, l’édition 2026 du Salon international de l’agriculture (SIA) restera « un salon pas comme les autres », a indiqué son patron, Jérôme Despey. Il aurait pu ajouter que, crise agricole oblige, les questions relatives à l’économie ont clairement pris l’ascendant sur tous les autres thèmes.
Comme l’a rappelé le sénateur Laurent Duplomb, la situation est grave: « Tandis qu’en vingt ans, la balance agroalimentaire de l’Europe est passée d’une situation négative à plus de 50 milliards d’euros d’excédent, faisant du territoire agricole européen le deuxième territoire au monde le plus excédentaire, juste derrière le Brésil, la France est passée, dans cette même période, d’un excédent qui, au plus fort, était de 12 milliards d’euros à un déficit de 355 millions d’euros à la fin décembre 2025. La France est devenue le boulet, l’homme malade de l’Europe », en conclut le sénateur de la Haute-Loire.
Ce triste constat est partagé par de nombreux responsables politiques. Tout comme l’impérieuse nécessité d’avoir rapidement un vote sur la loi d’urgence agricole annoncée. Laquelle sera débattue et adoptée avant le début de l’été, a finalement concédé le Premier ministre Sébastien Lecornu. Les contours de cette loi sont évidents : reconstituer les capacités à produire de la Ferme France. Et comme l’ont rappelé Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, ainsi que Bertrand Venteau, président de la Coordination rurale, cela passe, notamment, par l’accès à l’eau. « Sans eau, pas d’agriculture », ont-ils martelé encore et encore.
Or, à peine le salon terminé, voici que le Conseil d’État vient d’annuler l’arrêté pris en juillet 2024 par le ministre chargé de l’écologie visant à faciliter la création de plans d’eau, dont la surface implantée en zone humide est inférieure à un hectare. Il s’agit, selon l’inventaire national établi par le ministère de la Transition écologique, de la majorité des plans d’eau et, par conséquent, l’assouplissement de ces règles serait susceptible de concerner une grande partie des projets de création de plans d’eau implantés en tout ou partie en zone humide.
Et pourtant, les magistrats ont donné raison à France Nature Environnement et la Ligue pour la protection des oiseaux, et justifié leur position en se référant à l’article L. 110-1 du code de l’environnement, qui impose aux actes réglementaires relatifs à l’environnement de respecter le principe de non-régression. Autrement dit, la protection de l’environnement ne peut faire l’objet que d’une amélioration constante. Le message des sages du Palais-Royal est donc clair: sans une modification de la loi, notamment sur ce principe de non-régression, rien ne sera vraiment possible. À bon entendeur, salut !


