MON 810 : la France joue-t-elle la politique de la chaise vide ?

Alors que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) s’est prononcée, à l’issue de la réunion des 3 et 4 juillet 2008, sur la clause de sauvegarde déposée par la Grèce et la Hongrie concernant le maïs MON 810, le dossier français n’a toujours pas été abordé. Ceci est d’autant plus curieux que, selon un courrier daté du 11 mars 2008 et signé par Catherine Geslain-Lanéelle, directrice de l’Efsa, il fallait faire vite. « L’Efsa est consciente de l’urgence et le Panel OGM devrait certainement donner un avis scientifique concernant la mesure prise par la France pour la fin d’avril 2008 », écrivait alors Mme Geslain-Lanéelle. Or, fin juillet, il n’y a toujours rien !

Il est vrai que pour respecter un tel agenda, la France aurait dû faire preuve de coopération ! C’est-à-dire fournir quelques documents, comme « l’argumentation manquante de la position française suite au document présenté par Monsanto le 30 janvier 2008 ». Selon un deuxième courrier également signé par Catherine Geslain-Lanéelle, la France n’avait toujours pas fourni à la date du 9 avril 2008 les « pièces manquantes ». Finalement, l’Efsa a bien reçu début juin un étrange document du Pr Le Maho, certes membre du Comité de préfiguration de la Haute autorité, mais qui ne parle qu’en son nom propre. En effet, les autorités françaises « attirent l’attention du panel de l’Efsa sur le fait que ce document ne saurait engager ni le Comité de préfiguration ni a fortiori les autorités françaises » ! D’où l’impérieuse nécessité pour l’Efsa de clarifier cette situation ubuesque lors d’une réunion bilatérale, qui devait se tenir entre des experts français et ceux de l’Efsa.

Une réunion informelle a bien eu lieu le 11 juin 2008. Elle a réuni des représentants de la Hongrie, de la Grèce, de l’Autriche (c’est-à-dire les autres pays ayant déposé la clause de sauvegarde sur cet OGM), plusieurs experts de l’Efsa et un membre de la Commission européenne. Malheureusement, selon une source bruxelloise, la chaise du représentant français est restée vide. Ce qui expliquerait l’impossibilité pour l’Efsa de traiter le dossier français qui, visiblement, n’est plus si prioritaire ; en tout cas pour le ministre de l’Environnement, Jean-Louis Borloo ! Ce qu’on comprend aisément, puisque ce dernier craint surtout que n’éclate au grand jour le fait que son dossier soit vide. C’est-à-dire qu’il soit rejeté par l’Efsa, à l’instar de ceux déposés par la Hongrie et la Grèce… En effet, comme viennent de le souligner les experts de l’Efsa le 3 juillet 2008, aucun des Etats-membres contestataires n’a fourni d’éléments scientifiques nouveaux qui justifieraient l’interdiction de l’utilisation du maïs OGM MON 810. C’est que le dossier scientifique de l’OGM de Monsanto est bigrement solide, comme l’a également relevé l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), dans un avis rendu public fin juin. L’Afssa estime que « les maïs portant l’événement de transformation MON 810 et leurs produits dérivés présentent le même niveau de sécurité sanitaire que les variétés de maïs conventionnelles et que leurs produits dérivés ».

Ni les experts de l’Afssa ni ceux de l’Efsa ne partageant les « doutes » de Jean-Louis Borloo, ce dernier n’a qu’une idée en tête : changer le processus d’homologation !

 

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