EGA : le chantage à peine dissimulé de l’Elysée

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Avec les Etats généraux de l’alimentation (EGA), la majeure partie du monde agricole a été mobilisée pendant plus de six mois. Riche de promesses, la première phase devait répondre au souhait des agriculteurs d’obtenir un prix rémunérateur pour leurs productions, conformément à l’engagement pris par le candidat Macron lors de la campagne présidentielle. C’est-à-dire une meilleure répartition de la valeur ajoutée. Le prix payé à l’agriculteur ne sera donc plus dé ni selon le bon vouloir des distributeurs et des industriels, mais à partir du coût de production de l’agriculteur, a notamment promis le Président, indiquant qu’une loi en ce sens serait proposée dès le premier semestre 2018.

Cette belle promesse – fort improbable au regard de la réalité économique, les prix n’étant bien entendu pas le seul fait des négociations entre les principaux acteurs –, a été conditionnée à une exigence élyséenne : chaque interprofession est sommée de remettre un «plan filière» au gouvernement. « Ce que je vous demande, c’est chacune et chacun dans vos filières de porter une stratégie (…) C’est à vous de la proposer pour la fin de l’année », a ainsi indiqué Emmanuel Macron dans son discours de Rungis. La date limite de l’exercice avait été dans un premier temps fixée au 10 décembre 2017, un délai évidemment bien trop bref pour garantir une réflexion réelle et sérieuse. C’est ce qu’ont souligné les représentants des interprofessions le 5 décembre dernier lors d’une réunion à l’Elysée qui, dans sa grande mansuétude, a accordé un sursis supplémentaire de… 5 jours ! Et d’en pro ter pour ajouter à un cahier des charges déjà irréaliste quelques « enrichissements supplémentaires » indispensables « pour que les plans puissent être considérés comme répondant à l’appel lancé le 11 octobre par le Président de la République ».

Cinq demandes additionnelles ont donc été mises sur la table : faire figurer une cible quantitative à cinq ans, ainsi qu’une cible intermédiaire (2020) permettant de suivre le basculement de modèle de relations commerciales entre les acteurs ; indiquer des objectifs chiffrés précis pour acter la réduction à 5 ans de l’utilisation des antibiotiques et des produits phytopharmaceutiques en distinguant herbicides, insecticides et fongicides ; élaborer un cahier des charges a n de procéder à une montée en gamme; organiser des échanges avec des représentants de la société civile ; et enfin faire valider le plan par l’ensemble des familles d’acteurs économiques de la filière, «même celles qui ne font pas partie de l’interprofession ». Pour bien faire comprendre son esprit « d’ouverture » et de «dialogue», le Président de la République a fait savoir que ce «haut niveau d’exigence sur les plans de lière est la contrepartie du bouclage de la future loi par le relèvement du SRP [seuil de revente à perte] et l’encadrement des promotions». Autrement dit: exécutez-vous, sinon…