Les lois du marché s’introduisent chez les agriculteurs bio

edito gil riviere-wekstein
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Dans un communiqué de presse en date du 21 janvier, le Synabio, organe principal du lobby du bio, s’inquiète de la guerre des prix qui sévit désormais dans le secteur des produits au label vert. « La grande distribution met ses fournisseurs bio sous forte pression », déplore le syndicat. « 28% des entreprises bio se voient ainsi réclamer une baisse de tarif avant toute discussion. À l’issue des premiers rounds de négociation, cet indicateur monte à 40% », constate le communiqué. Ces exigences, comme l’affirme encore le texte, seraient d’autant moins tenables « que près de 70% des entreprises nous alertent sur une hausse du prix des matières premières qui se répercute sur leur tarif ». Les entreprises transformatrices de produits bio seraient donc prises en tenaille entre les producteurs, visiblement plus exigeants lors de la vente de leur production, et la grande distribution, qui tire les prix vers le bas. Car les offres promotionnelles de produits bio se sont intégrées au paysage des grandes enseignes de la distribution, qui contrôlent désormais 43 % du marché. Ainsi, au Carrefour du Centre Sud du Mans, la FDSEA locale s’est indignée de trouver du lait bio à 87 centimes le litre sous sa marque distributeur, à savoir 12 centimes moins cher que, par exemple, la brique de lait « C’est qui le patron ?!», un lait issu des filières conventionnelles qui rémunère correctement tous les acteurs de la chaîne. Mais ce n’est pas tout. Les enseignes Monoprix, Carrefour ou encore Leclerc – qui affichent clairement la volonté de surfer sur le marché du bio – auraient l’audace d’imposer aux fournisseurs bio les mêmes contraintes qu’à leurs autres fournisseurs, en leur imputant notamment des pénalités en cas de retard ou de rupture d’approvisionnement. De telles obligations seraient « excessives et inadaptées aux réalités de la bio » selon le Synabio, qui souligne qu’un ajustement à la demande est « d’autant moins automatique que l’agriculture biologique est davantage dépendante des aléas climatiques ». « Les retards ou les ruptures sur les matières premières font donc partie des incidents que l’ensemble de la chaîne, y compris les distributeurs, doivent apprendre à gérer en bonne intelligence », revendique le Synabio.

Sauf que, avec des produits d’importation faciles d’accès, la grande distribution n’est nullement contrainte de jouer le jeu. En ce qui concerne le lait bio, l’offre est certes en pleine croissance, mais on assiste également à une augmentation considérable de la production dans plusieurs pays européens. Ainsi, en Allemagne, les ventes de lait bio ont progressé l’an dernier de 12 % par rapport à 2017, soit une croissance moins importante que la production elle-même, qui a augmenté de 17 %. Par conséquent, en Bavière, nombre de producteurs qui se sont lancés dans le bio sans contrat ferme restent « en rade », cherchant désespérément une laiterie qui accepte de reprendre leur lait à prix cassé. Même constat en Suède, où de plus en plus de producteurs de lait bio reviennent vers le conventionnel. En France, une grande coopérative laitière a dû faire face à un surplus de 40 millions de litres de lait bio, qu’elle a dû déclasser, passant par profits et pertes quelque 5 millions d’euros. Il serait donc bien naïf de croire que les filières bio puissent s’affranchir indéfiniment des lois du marché. C’est sans nul doute la leçon la plus claire qu’on retire des inquiétudes du Synabio.

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