SDHI : dix sur dix à l’Anses

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Lors de l’audition au Sénat, deux conceptions de la science se sont affrontées: celle du patron de l’Anses, rigoureuse, versus celle, militante et approximative, d’un chercheur vêtu du costume de lanceur d’alerte

Le 23 janvier dernier, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a convié le chercheur Pierre Rustin et sa collègue Paule Bénit, auteurs d’une récente publication sur les SDHI, à exposer leur point de vue. Une petite heure plus tard, c’était au tour de Roger Genet et Caroline Semaille, respectivement directeur général et directrice générale déléguée en charge du pôle Produits réglementés de l’Anses, de répondre aux questions des élus de la République.

De sérieuses lacunes

Le contraste entre leurs exposés était flagrant : d’un côté, un cher- cheur, qui, dès lors qu’il sort de son champ de compétences, se laisse emporter dans des raisonnements douteux, de l’autre, une équipe de professionnels maîtrisant parfaite- ment leur sujet.

Interrogé par le député Cédric Villani au sujet du caractère « non spécifique » des SDHI, Pierre Rustin s’est ainsi livré à une explication bien curieuse. En effet, si l’on s’en réfère à sa thèse selon laquelle les SDHI ont un effet toxique sur tous les organismes vivants, on se demande pourquoi aucun effet n’est constaté sur le blé, l’orge, le colza ni aucune des autres espèces cultivées traitées. Sa réponse à ce « mystère » ne manque pas d’à-propos : « C’est lié au fait qu’une plante est couverte d’une cuticule », explique Rustin. « Si vous mettez les SDHI quand il pleut, la nuit, et que les SDHI descendent dans le sol au lieu de se déposer sur les feuilles, qui sont donc imperméables, à ce moment-là les racines vont pomper les SDHI et votre blé va mourir », a-t-il ensuite assuré. Un raisonnement imparable et très convaincant pour ceux qui ignorent que les feuilles ne sont pas du tout aussi imperméables que le prétend le chercheur.

Et ce n’est pas tout. Quid, en effet, des traitements de semences à base de SDHI, comme par exemple le Vibrance Gold de Syngenta, qui protègent efficacement de nombreuses cultures – notamment le blé, l’orge, le triticale, le seigle, la betterave, le colza ou l’avoine – contre la fusariose, le rhizoctone et le microdochium, sans les affecter négativement ? Comment expliquer que les agriculteurs du monde entier ne voient pas leurs cultures dépérir, alors que les SDHI sont directement au contact des racines ? La question n’ayant malheureusement pas été posée au chercheur, le mystère restera entier.

Cette audition confirme en tout cas les sérieuses lacunes du chercheur en matière de sujets agricoles. C’est ainsi qu’il estime que les SDHI seraient parfaitement inutiles. Pour preuve, il brandit une slide signée Monsanto, qu’il a légendée de ces mots: « Et puis on ment aux agriculteurs ! » Présentée comme « la cerise sur le gâteau », cette « publicité de Monsanto pour les SDHI » suggérerait selon le chercheur « qu’on augmente presque de moitié le rendement du champ ». Et de poursuivre : « C’est l’image faite par Monsanto. La réalité, c’est qu’on augmente le rendement de 2 à 3%.» Pris au piège, Cédric Villani n’a pu que confirmer qu’en effet, « il s’agit bien d’une escroquerie de présentation ».

C’est vraiment prendre les agriculteurs pour des demeurés ! Lequel d’entre eux, en effet, pourrait croire un seul instant qu’une protection fongique ait le pouvoir de doubler le rendement d’une culture ? Dommage que le chercheur n’ait pas pris le temps de parcourir les nombreuses fiches techniques d’Arvalis, qui sont la référence pour les agriculteurs dans ce domaine. Ou tout simple- ment de consulter la revue Perspectives Agricoles, qui a publié pas moins d’une dizaine d’articles très documentés sur les avantages et les limites des SDHI.

En revanche, il est hors de doute que celui-ci sait parfaitement réaliser une étude de toxicologie. Car, du point de vue académique, rien à redire : des cellules cultivées in vitro aux- quelles on a injecté des SDHI montrent in- contestablement des signes de lésions, mais seulement dès lors qu’elles ont été privées de glucose ! Sauf que dans la vraie vie, les cellules ont toujours du glucose, sinon elles meurent…

Quel agriculteur pourrait croire un seul instant qu’une protection fongique ait le pouvoir de doubler le rendement d’une culture ?

En réalité, au travers de cette étude, Rustin tente de faire passer en force auprès des pouvoirs publics l’idée que la simple démonstration d’un effet toxique in vitro devrait suffire à demander l’interdiction d’un produit, au nom du principe de précaution. Ce qui ne correspond en rien à la réglementation actuelle, qui veut qu’un danger soit caractérisé par le déclenchement d’une pathologie in vivo, et non par un simple effet néfaste in vitro. Sinon, il faudrait immédiatement interdire… le vinaigre et le sel.

Plus sérieusement, la prestation de Roger Genet, le patron de l’Anses, mérite un dix sur dix. Calmement, M. Genet a expliqué en détail le processus qui a amené l’agence, d’abord à prendre en compte l’alerte lancée par Rustin, et ensuite, à conclure qu’elle n’était pas en mesure de mettre en cause l’homologation des formulations à base de SDHI en France. Et il persiste aujourd’hui encore dans ses certitudes, estimant que, si les travaux présentés sont intéressants, ils ne sont pas pour autant sujets à préoccupation.

Roger Genet tacle le député Prud’homme

Répondant ensuite avec précision aux diverses questions du député de La France insoumise, Loïc Prud’homme, qui avait qualifié les SDHI « de bombe sanitaire à retardement », Roger Genet a rappelé les règles de base qui président aux homologations : « Pour chaque évaluation, on prend en compte les effets sur l’homme, sur l’environnement et sur les organismes cibles […. Pour le bixafen, homologué en 2013 par la Commission européenne, nous avons eu un dossier d’autorisation qui comprenait 67 études in vivo chez l’animal. Et cela, pour l’ensemble des critères toxicité aiguë, génotoxicité, toxicité chronique, cancérogénicité, toxicité pour la reproduction, toxicité pour les organismes non cibles, aquatiques, oiseaux, mammifères, organismes du sol, abeilles. »

Par ailleurs, faisant allusion à l’amendement déposé le 10 janvier dernier à l’Assemblée nationale par Loïc Prud’homme et d’autres députés, qui affirmait que « les liens [de l’Anses] avec les lobbies agro-alimentaires et des pesticides ne sont malheureusement plus à prouver », Roger Genet s’est dit « très choqué » par la mise en cause de l’agence « par des représentants de la nation »: « Je veux vigoureusement réagir aux attaques dont l’agence a fait l’objet, notamment au travers d’un amendement parlementaire qui mentionne des liens bien connus et déjà démontrés de l’agence à des intérêts économiques. Je demande qu’on me fasse état de ces liens d’intérêts économiques entre l’agence et le secteur économique. » Silence radio de la part du député Prud’homme, qui préfère s’en référer à la prose anxiogène et antipesticides de Générations Futures qu’à l’avis raisonnable et pondéré de l’agence sanitaire française.

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