Le test bidon de Greenpeace

Présenté comme une innovation, le test de détection d’un colza très particulier développé outre-Atlantique ne permet toujours pas de distinguer les variétés obtenues par l’édition génomique de celles obtenues de façon plus classique

Pour sa rentrée, Greenpeace a frappé fort. La multinationale verte prétend en effet disposer d’un test permettant de distinguer une variété issue des techniques de l’édition génomique (ODM), les fameuses NBT, des variétés dites « classiques ».

Financé par le lobby anti-OGM, le procédé a été développé aux États-Unis par un consortium dirigé par le Health Research Institute de l’Iowa, une association présidée par John Fagan, militant anti-OGM de longue date et, par ailleurs, adepte de la très mystique « agriculture bio védique Maharishi ».

Ce test, disponible depuis le 7 septembre, serait donc opérationnel, comme s’en félicite le biologiste Yves Bertheau, très actif au sein de la mouvance radicale anti-OGM. « Il va pouvoir être utilisé sans surcoût par les laboratoires de contrôle et les services de répression des fraudes », a-t-il ainsi expliqué à l’AFP. Des propos qui sont d’autant plus curieux que ledit test a été élaboré exclusivement pour une variété de colza qui n’est pas commercialisée en Europe, à savoir un colza rendu tolérant à des herbicides à base de sulfonylurée et d’imidazolinone, qui a été conçu par la firme américaine Cibus et est cultivé principalement au Canada.

Une découverte importante selon Inf’OGM

Mais, selon Inf’OGM, cette découverte serait importante car elle « contredit ainsi les affirmations des entreprises de biotechnologie [qui] affirmaient en effet que les nouveaux OGM ne sont pas traçables et que donc leur commercialisation devait échapper à la législation OGM ». « Il s’agit d’une étape clé dans la protection des consommateurs et des entreprises européens […] », s’est également enthousiasmée Heike Moldenhauer de Vlog, une association allemande de certification « sans OGM ». Est-ce vraiment aussi simple ?

Il est permis d’en douter. Car, comme l’a rappelé Euroseeds, l’association représentant les entreprises européennes de la semence, dès lors qu’une mutation ponctuelle est connue, il est très facile de la détecter grâce aux méthodes classiques de PCR quantitative. Or, c’est précisément parce que, dans un premier temps, la petite start-up américaine avait largement communiqué sur le fait qu’elle avait utilisé la technique d’édition du génome (ODM) dans l’obtention de cette variété, que l’équipe de John Fagan l’a choisie pour son test.

L’événement qui confère à la plante sa tolérance très particulière n’est pas difficile à identifier, puisqu’il figure dans les documents fournis par la firme

Et assurément, l’événement qui confère à la plante sa tolérance très particulière n’est pas difficile à identifier, puisqu’il figure dans les documents fournis par la firme. En réalité, Fagan n’a fait que mettre en place un test détectant un événement décrit… par Cibus ! Ce que n’importe quel laborantin stagiaire pourrait réaliser en moins de six mois de pratique.

En revanche – et contrairement à ce que suggère la communication faite autour de cette étude –, la méthode décrite ne permet pas de révéler comment la mutation du gène AHAS1C a été obtenue. Est-ce par une variation somaclonale aléatoire – hypothèse émise par Cibus depuis 2016 –, ou par une mutation issue de la technique d’édition du génome ? Impossible de le savoir, même en se référant aux documents officiels fournis par Cibus, qui conteste en effet avoir utilisé la technique ODM pour la réalisation de cet événement.

Selon la firme américaine, « la mutation nucléotidique unique est le résultat d’une variation somaclonale spontanée survenue au cours du processus de culture tissulaire, et non en raison de l’oligonucléotide spécifique utilisé dans le protocole RTDS ». L’énigme sur la technique à la base de la modification génétique reste donc entière…

Tout cela est parfaitement connu de la nébuleuse anti-OGM, comme en témoignent les propos d’Éric Meunier dans Inf’OGM, qui ne peut évacuer la question essentielle : « Si la méthode de détection publiée pour le colza de Cibus correspond à un cas précis d’OGM non autorisé mais connu, il reste en effet le cas des OGM totalement inconnus. » Et si, pour ceux-là, Inf’OGM considère leur détection et leur traçabilité comme « possibles », c’est cependant « à la condition que l’Union européenne décide de s’en donner les moyens ». Autrement dit : l’étude de Greenpeace n’a rien démontré de neuf.

L’histoire qui s’est nouée autour de ce colza est pourtant essentielle pour comprendre l’obstination obscurantiste des anti-OGM. Car, comme le note le généticien suisse Étienne Bucher, certaines accessions de ravenelle (radis sauvage) portent les mêmes mutations que ce colza. Et le scientifique de conclure : « Cela signifie que [Greenpeace] classerait comme OGM une récolte de colza non OGM “contaminée” avec du radis sauvage. » En effet, dans ce cas précis, la même mutation peut parfaitement être obtenue de façon naturelle. Aussi, on comprend mal pourquoi, dans un cas, la variété devrait subir les contraintes d’une réglementation OGM complexe, alors que l’autre variété en serait exempte…

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