Vaccination : À la racine du complotisme

Avec la mise en place de la plus grande campagne de vaccination jamais organisée, le gouvernement français doit relever un défi de plusieurs ordres. Logistique bien sûr, mais aussi sociétal, en raison d’une défiance de la population envers ce nouveau type de vaccin à ARN qui n’a d’égale que celle observée en Russie. 

Ainsi, selon une enquête réalisée le 3 décembre dernier par Ifop-Fiducial, seuls 39 % des Français ont déclaré avoir l’intention de se faire vacciner. À titre de comparaison, les Allemands y étaient prêts à 79 %, les Britanniques à 69 % tandis que le taux s’élevait à 64 % aux États-Unis.

Cette « défiance vaccinale » est le fruit de décennies de campagnes menées par le noyau dur de militants qui ont réussi, par leur discours anxiogène, à susciter un climat de suspicion chez de nombreux citoyens pourtant rationnels. Selon l’historienne des sciences Annick Opinel, membre de la Commission technique des vaccinations à la Haute Autorité de santé, l’étude britannique frauduleuse de 1998, qui suggérait à tort un lien entre le vaccin ROR et l’autisme, demeure l’un des éléments essentiels de la défiance actuelle qui sévit en France.

Si la crainte d’éventuels effets secondaires après une mise sur le marché aussi rapide reste l’une des principales causes invoquées par les personnes réticentes à la vaccination, une partie non négligeable de la population pense également que la campagne de vaccination ne sert qu’à enrichir l’industrie pharmaceutique et accrédite volontiers l’idée que le virus ne serait pas survenu « par hasard ». On retrouve donc sans surprise les théories conspirationnistes les plus classiques qui circulent couramment sur les réseaux sociaux, dont témoigne notamment le succès du documentaire Hold-up.

À lire aussi : Le complotisme d’Ananda et Dominique Guillet

Cette fascination nationale pour ces thèses n’est pas fortuite. Depuis des années déjà, orchestrées sur le rythme du « tous pourris », de nombreuses « enquêtes » émanant d’équipes de journalistes reconnus, tant dans la presse écrite – au quotidien Le Monde, par exemple – que dans les médias audiovisuels – avec les émissions d’Élise Lucet sur France 2  –, ont constitué le terreau favorable au conspirationnisme. Leur refrain est immuable : des agences sanitaires à la solde de l’industrie, des entreprises qui manipulent les responsables politiques et des scientifiques corrompus. Un refrain également entonné dans le domaine de l’édition par le fameux ouvrage de la militante Marie-Monique Robin, Le Monde selon Monsanto, ou celui de Stéphane Foucart, Les gardiens de la raison. Enquête sur la désinformation scientifique. Aujourd’hui, ironie du sort, ces mêmes médias s’appliquent désormais à combattre un conspirationnisme qu’ils ont très largement contribué à alimenter. 

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