Générations Futures fantasme sur des études « manquantes »

Générations Futures fantasme sur des études manquantes

Sitôt l’étude des agences sanitaires de France, des Pays-Bas, de Suède et de Hongrie concernant le glyphosate rendue publique, Générations Futures tente une ridicule mise en cause, estimant que ces agences n’auraient pas pris en considération toutes les bonnes études

Dans le cadre de la réhomologation du glyphosate, l’Efsa a marqué le 23 septembre une nouvelle étape, en donnant la possibilité aux citoyens concernés par ce dossier de faire connaître leurs observations et leurs commentaires.

En leur accordant soixante jours pour s’exprimer, l’agence européenne veut s’efforcer « de rapprocher autant que possible les citoyens et les parties prenantes du travail des agences ». La procédure, relativement simple, permet à chacun de participer et encourage vivement les agriculteurs ayant recours au glyphosate à se saisir de cette possibilité pour expliquer les raisons de leur choix.

En parallèle, l’Efsa a confié son travail d’évaluation scientifique aux agences sanitaires de quatre pays – la France, les Pays-Bas, la Suède et la Hongrie. Réunies au sein du groupe d’évaluation du glyphosate (AGG, Assessment Group on Glyphosate) –, celles-ci ont conclu qu’il n’y a aucune raison de modifier la classification existante, « la classification pour la mutagénicité sur les cellules germinales, la cancérogénicité ou la toxicité pour la reproduction n’ayant pas été considérée comme justifiée ». Les seuls risques reconnus à cet herbicide total sont sa capacité à causer des lésions oculaires graves et à être « toxique pour la vie aquatique avec des effets à long terme ». Rien de neuf, donc, puisque ces éléments étaient déjà inclus dans le dossier de réhomologation de 2017.

Afin de garantir toute la transparence autour de ce dossier, l’ensemble des 180 000 pages qui le composent – ce qui représente le plus long et le plus complet dossier de réhomologation jamais produit – , a été mis à la disposition du public. Difficile, dans ces conditions, d’accuser l’Efsa de dissimuler quoi que ce soit…

L’attaque de Générations Futures

Sans surprise, le faux-nez du lobby du bio, Génération Futures (GF), a cependant pointé, accusant l’Efsa, dans un document de sept pages largement diffusé à la presse, d’ignorer « plus de la moitié des études universitaires publiées les dix dernières années précédant sa demande ».

Pour justifier cette accusation, GF a répertorié les 985 études de toxicité/ écotoxicité publiées sur PubMed, dont le nombre a été comparé à la liste des 405 études retenues par le Glyphosate Renewal Group (GRG), groupe de sociétés qui demande le renouvellement de l’autorisation du glyphosate. « Cela signifie que 58,88 % des études de toxicité/écotoxicité trouvées dans PubMed uniquement ont été ignorées par les industriels du GRG », s’alarme GF, qui reproche à l’Efsa de ne pas accomplir le travail sur « des bases scientifiquement saines ». Occasion immédiatement saisie par François Veillerette, son porte-parole, invité par ses amis des médias, pour proclamer à la face du monde que « ce n’est pas à l’industrie, à la fois juge et partie, à opérer ce tri ». Or, cela tombe bien, puisque, justement, ce n’est pas le cas ! Est-ce par ignorance ou par omission que ce spécialiste des pesticides dissimule le fait que la sélection établie par les industriels est bien entendu soumise aux agences sanitaires, qui sont in fine seules à déterminer les études à retenir, et si besoin est, à réintégrer lorsqu’elles ont été injustement écartées ?

Tout cela est pourtant public : il suffit de se procurer le compte-rendu des discussions qui ont eu lieu entre le GRG et l’AGG en décembre 2019 pour découvrir toutes les exigences de l’AGG, qui a imposé la réintroduction de plus de 3 500 articles que le GRG considérait pour sa part comme des doublons. C’est aussi l’AGG, par ailleurs, qui a souhaité examiner toutes les études concernant les tentatives de suicide par empoisonnement, ou encore celles concernant tous les métabolites du glyhosate, « y compris le HMPA ». Ce qui représente, au total, une centaine d’études supplémentaires liées à la toxicologie et environ 380 études liées à la sécurité environnementale, qui ont été ajoutées à l’évaluation scientifique du glyphosate, à la demande de l’AGG.

Bref, faire croire qu’une étude, voire une multitude d’études, concluant à un problème majeur de toxicité, auraient été écartées aussi facilement, ne peut relever que du pur fantasme. À moins que ce ne soit de la désinformation…