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La vocation exportatrice de la France à nouveau une priorité

Lors d’une rencontre au Salon de l’Agriculture, le président d’Intercéréales, Jean-François Loiseau, a livré en exclusivité à A&E sa vision sur le rôle de la France dans le secteur des céréales

À l’heure où beaucoup de candidats à l’élection présidentielle souhaitent privilégier les circuits courts, pourriez-vous nous rappeler ce que rapporte l’agriculture française en termes d’exportation et nous dire si vous estimez que cette vocation exportatrice n’a plus lieu d’être ?

L’actualité ukrainienne prouve que la vocation exportatrice de la France est essentielle et que l’on ne doit surtout pas l’abandonner ! L’export est la base de notre souveraineté alimentaire. En agriculture, comme en alimentaire, il n’y a pas d’équilibre : soit on est exportateur, soit on est importateur. L’agroalimentaire est d’ailleurs le deuxième poste excédentaire de la balance commerciale française : une preuve de plus que l’agriculture et l’agroalimentaire constituent une force pour l’économie à l’échelle française.

La France exporte une tonne sur deux de céréales et fait partie des pays qui ont la capacité d’être à la fois producteur, autosuffisant et exportateur. Cette vocation exportatrice s’explique d’une part par un contexte agro-climatique favorable (climat, importantes ressources en eau, sols fertiles), ainsi que des compétences et un savoir-faire des agriculteurs se traduisant par une capacité à produire des céréales de qualité reconnue. À quoi s’ajoute le savoir-faire de toute une filière, qui collecte, stocke, transporte et transforme des grains consommés aux quatre coins du pays et dans le monde entier.

Voir aussi : Pourquoi la crise ukrainienne peut-elle avoir un impact sur l’agriculture mondiale ?

Notre pays a ainsi une responsabilité dans les équilibres et la sécurité alimentaire mondiaux. Et d’autre part, grâce à une production céréalière qui s’étend sur tout le territoire français, les céréales y occupant 50 % des terres arables. La filière génère une activité économique importante dans tous les territoires : entreprises de collecte, de 1ère et 2e transformation, 440 000 emplois, transports… En arrêtant les exports, ou en exportant moins, on courrait le risque de faire baisser cette activité, avec à terme, un risque d’abandon des unités de transformation.

Cette capacité à produire davantage que le besoin local permet de garantir à l’industrie française un approvisionnement constant à un prix compétitif, notamment pour l’alimentation animale et les élevages. L’industrie française est ainsi sûre de toujours disposer de la quantité dont elle a besoin, à une qualité correspondant à son usage (à la variabilité annuelle climatique près). Si nous faisons le choix de produire moins, les céréales françaises seront moins compétitives et les industriels français rechercheront potentiellement d’autres origines, plus compétitives, pour leur approvisionnement.

L’export permet de créer de la valeur sur nos territoires : production, stockage, prestataires agricoles, prestataires des OS (matériel, distribution, transport, entretien des silos…), usines de transformation, etc. Mais il permet aussi de créer de la valeur dans les pays importateurs qui vont transformer les grains bruts importés. En exportant ses matières premières, notre pays répond également aux besoins variés de nos différents clients dans le monde, pour produire une diversité d’aliments, dont une grande variété de pains. Bien souvent premières sources d’approvisionnement alimentaire, les céréales sont primordiales pour la sécurité alimentaire de tous.

La force de cette filière française réside dans la coexistence de ces deux vocations : produire pour la France (pour différentes filières, différents clients, avec différentes qualités, avec une segmentation de plus en plus forte sur des critères) et produire pour le marché mondial. Face à des événements climatiques ou géopolitiques, il est essentiel que les pays qui peuvent produire et exporter continuent d’assurer leur mission nourricière. Cette capacité à fournir de l’alimentation aux pays voisins (en Europe comme dans le reste du monde) est un réel atout stratégique et géopolitique. La situation que nous connaissons actuellement avec le conflit en Ukraine en fournit une preuve tangible.

Au lieu d’exporter de la matière première, des céréales sous forme brute, ne serait-il pas plus judicieux de monter des filières de transformation à visée exportatrice ? En d’autres termes, ne devrait-on pas transformer les céréales afin de mieux valoriser nos exportations  ?

En réalité, c’est déjà le cas. La filière a la capacité de développer des activités créant de la valeur en France, mais aussi d’exporter des produits issus bien souvent de la 1ère transformation, et parfois de la 2e transformation. Notre pays exporte ainsi des produits à forte notoriété comme le malt (dont nous sommes le premier exportateur mondial), ou les produits issus de l’amidonnerie (les trois quarts de la production du secteur sont exportés).

Mais il y a encore, bien sûr, matière à progresser sur ces segments d’export de produits finis, notamment en valorisant la durabilité de notre filière concernant ses effets positifs sur l’environnement et le climat.

L’export permet de créer de la valeur sur nos territoires, et permet aussi de créer de la valeur dans les pays importateurs qui vont transformer les grans bruts importés

Au regard des progrès des filières céréalières ukrainienne et russe, craignez-vous que la France puisse ne plus être compétitive ?

La compétitivité est un sujet permanent de notre filière. Les filières céréalières russes et ukrainiennes se sont développées depuis le début des années 2000, et notamment en Russie à partir de 2014, lorsque l’Europe a mis en place son embargo.

Lire aussi : Le conflit ukrainien sonne le retour à la réalité

Ces deux puissances exportatrices grignotent peu à peu des parts de marché aux autres compétiteurs (la Russie a ainsi devancé les États-Unis dans les exportations de blé tendre). Même si elles disposent de récoltes de grains colossales, les variations de production, et donc de disponible exportable, peuvent être importantes d’une année à l’autre. De plus, il n’est pas rare de voir la Russie imposer des quotas à l’exportation et/ou des taxes à l’export pour limiter la hausse du prix intérieur.

Encore une fois, les événements géopolitiques que nous vivons montrent que la situation peut se dégrader rapidement, si les flux depuis la mer Noire sont bloqués ou si un accident climatique majeur touche l’un des principaux exportateurs mondiaux. Rappelons que les six premiers exportateurs de blé (Russie, Europe, États-Unis, Australie, Ukraine, Argentine) concentrent près de 78 % des échanges, et les quatre premiers exportateurs de maïs (États-Unis, Brésil, Argentine, Ukraine) 88 % des échanges.

La France présente l’avantage majeur de disposer d’une récolte en grains relativement constante, en termes de volume comme en qualité, mais aussi d’être dotée de plusieurs ports maritimes, pouvant exporter des capacités importantes, et d’offrir une grande fiabilité commerciale (pas de quotas ni taxes, rigueur dans les engagements, respect des contrats…).

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