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L’éco-anxiété, terreau d’une radicalisation écologiste

La peur de l’apocalypse écologique se répand chez les jeunes. Phénomène inquiétant, à l’origine d’une radicalisation

Profitant du long week-end de Pâques, quelques centaines de militants du mouvement écologiste Extinction Rebellion (XR) ont occupé la porte Saint-Denis, dans le Xe arrondissement de Paris. Objectif : alerter sur l’urgence climatique. Durant trois jours, cette manifestation sauvage, qui mêlait conférences, sit-in, méditation et happenings, a affiché clairement sa philosophie radicale, taguée sur les vitrines des magasins du quartier : « L’écologie sans lutte des classes, c’est du jardinage »

Atteints d’éco-anxiété

Jugés désormais inefficaces pour éviter l’apocalypse, les modes traditionnels de protestation ont en effet été délaissés au profit de l’action directe, non sans une nuance de fatalisme parfaitement assumée. « Je pense qu’on ne peut plus changer la donne, mais c’est le dernier moyen qu’il nous reste » , confiait à l’hebdomadaire Politis une militante de XR présente lors de cette action, expliquant souffrir « d’éco-anxiété ». De fait, les actions radicales de XR, ou celles du collectifs Les Soulèvements contre les bassines ou contre l’entreprise allemande Bayer, apparaissent comme le fruit d’une forme certaine de désespérance.

Lire aussi : Le mouvement Extinction Rebellion mène de nouvelles actions

Le site décroissant Reporterre vient d’ailleurs de consacrer une enquête au phénomène de l’éco-anxiété, qui « mine de plus en plus sévèrement notre psyché », en rappelant que, selon une vaste étude de la revue The Lancet menée dans dix pays et auprès de 10 000 jeunes, plus de la moitié d’entre eux affirment « se sentir tristes, anxieux et en colère » face à la crise climatique. Les témoignages recueillis par Reporterre en disent long sur cette souffrance.

Ainsi, Marina, 19 ans, explique : « Je suis engagée depuis plus de trois ans dans le mouvement écologiste. L’éco-anxiété est arrivée avec. J’en souffre régulièrement. […] Je ne souhaite pas avoir d’enfant, je ne veux pas laisser quelqu’un vivre dans le monde que nous sommes en train de bâtir. » Et Sonia, 15 ans, renchérit : « Je suis éco-anxieuse parce que je vois que j’ai beau m’acharner à vouloir sauver le monde, il y aura toujours ces gens, là-haut, qui nous dirigent, qui nous manipulent, qui détruisent sans pitié le monde avec pour seul moteur l’argent et la croissance et qui vraisemblablement ne s’arrêteront pas. J’ai peur qu’on y arrive pas. » Ou encore Néreide, 18 ans, qui décrit son éco-anxiété comme moteur d’action : « Si cette angoisse me gâche parfois la vie, me sape le moral et m’empêche de sourire autant que je le voudrais, elle me contraint aussi à l’action. »

Toute la question est de savoir jusqu’où peut mener cette éco-anxiété en termes d’actions militantes radicales. Car, si pour l’instant, c’est l’action non-violente qui est privilégiée, selon le politologue Eddy Fougier, « dans un contexte où les militants peuvent avoir le sentiment que les dirigeants ne sont à la hauteur des enjeux, certains risquent de passer à des actions plus fortes, comme du sabotage ». Or, ces actions d’écosabotage ont déjà commencé, comme on a pu le constater en mars 2022, d’abord avec l’opération de destruction d’une canalisation d’irrigation dans les Deux-Sèvres, puis avec l’attaque dans le Morbihan d’un train de céréales dont la cargaison a été déversée sur les voies. De toute évidence, la violence a cessé d’être taboue au sein de cette nébuleuse radicale.

Le retour d’Unabomber

Pour s’en convaincre, il suffit de suivre la chaîne Youtube de l’humoriste écologiste Audrey Vernon, qui était par ailleurs intervenue au meeting parisien de Jean-Luc Mélanchon, lors de la marche pour la 6e République du 20 mars 2022. En effet, celle-ci, qui diffuse régulièrement des lectures d’extraits de livres lui tenant à cœur, s’est tout particulièrement félicitée du « succès phénoménal » remporté par ses vidéos où elle promeut la Deep Green Resistance (DGR).

Or, la DGR, organisation fondée par Derrik Jensen, considère que seul un mouvement de résistance actif permettra d’accélérer l’effondrement de la civilisation industrielle. Ces militants s’identifient ainsi à la Résistance française contre l’occupation nazie qui a permis à la France de vaincre l’oppression.

Audrey Vernon n’a d’ailleurs pas hésité à partager la lecture d’extraits de Révolution antitech, écrit en 2016 par Theodore Kaczinski, plus connu sous le nom d’Unabomber, qui entre 1978 et 1995, a perpétré des attentats faisant 3 morts et 23 blessés avec 16 bombes envoyées par colis piégés.

Chez ces ultraradicaux éco-anxieux, le proverbe « la fin justifie les moyens » pourrait bien un jour devenir le mot d’ordre…

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