L’offensive contre la très attendue proposition de loi sénatoriale visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur bat son plein, avant son passage prévu, en principe, à l’Assemblée nationale dans la semaine du 26 mai. Comme le révèle le site Contexte, depuis le mois de février, France Nature Environnement et Générations Futures ont en effet inondé de messages hostiles au texte les boîtes mail des parlementaires, ciblant tout particulièrement ceux du socle commun. Ainsi, à ce jour, plus de 45 000 interpellations auraient déjà été envoyées, tandis que l’Union nationale de l’apiculture française organise une manifestation dans l’enceinte de l’Assemblée nationale en clamant haut et fort que « la loi Duplomb » est « un crime écologique, une menace économique et une atteinte à la santé publique ».
« Il y a beaucoup de fantasmes sur cette loi », a réagi la ministre de l’Agriculture Annie Genevard. Et elle n’a pas tort. Cependant, ce texte est devenu, par la force des choses, un véritable marqueur. Ceux qui le défendent sont convaincus que le réarmement de l’agriculture – comme d’ailleurs celui de l’industrie – est essentiel à la souveraineté de la France, tandis que les autres, toujours guidés par le logiciel de l’écologie politique, continuent à considérer qu’au nom de la préservation de la nature, on peut multiplier les obstacles à la production, voire même sacrifier des filières agricoles. C’est le cas, notamment, de la députée du groupe Ensemble pour la République et présidente de la commission du développement durable, Sandrine Le Feur, qui fustige le projet de loi en arguant qu’il représente un « affaiblissement des garde-fous environnementaux ». Reprenant à son compte les éléments de langage des associations écologistes, elle est ainsi convaincue que ce texte pourrait constituer ni plus ni moins qu’une menace pour « l’avenir de nos ressources »! Un positionnement qui n’est pourtant pas celui du président du groupe EPR à l’Assemblée nationale, Gabriel Attal, qui a fait savoir qu’il soutenait pour sa part ce texte.
Du côté du Modem, les tensions sont également visibles. En maintenant son opposition au texte, et notamment son refus du retour de l’acétamipride, un insecticide interdit en France mais autorisé dans le reste de l’UE, Marc Fesneau, le président du groupe centriste, risque d’entraîner avec lui suffisamment de députés de son groupe pour empêcher la majorité nécessaire à l’adoption de la loi, alors qu’elle a eu l’aval du Premier ministre François Bayrou.
Si un tel scénario se produisait, le signal adressé au monde agricole serait catastrophique. L’une des conséquences immédiates en serait sans aucun doute un renforcement du vote pour le RN, dont la politique agricole apparaîtra comme bien plus raisonnable.
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