La nomination d’une militante écologiste à un poste de direction de l’Office français de la biodiversité témoigne que la rupture avec le logiciel décroissant n’est pas opérant au sein du gouvernement Lecornu. Cela envoie un très mauvais signal quelques jours avant le Salon de l’agriculture
Un mois à peine avant l’ouverture du Salon international de l’agriculture (SIA), la militante écolo-décroissante Anne Le Strat a été nommée directrice générale déléguée en charge de la mobilisation de la société à l’Office français de la biodiversité (OFB). Une nomination validée par Olivier Thibault, directeur général de l’OFB, celui-là même qui avait rédigé, lorsqu’il était directeur de l’eau et de la biodiversité au ministère de la Transition écologique, l’arrêté fixant les prescriptions techniques applicables aux plans d’eau, qui conditionnait la possibilité de création d’une retenue au fait que celle-ci n’impacte pas une zone humide de plus de 1000 m². Cet arrêté, qui de facto empêchait toute création de plan d’eau, a, depuis lors, été révisé en réponse aux mobilisations syndicales successives.
Une provocation
La nomination d’Anne Le Strat a immédiatement été perçue par le secteur agricole comme une véritable provocation, comme l’avait été l’invitation faite, il y a deux ans, par le président Macron aux Soulèvements de la Terre de participer au grand débat du SIA. Et on comprend aisément pourquoi.
Ce poste au sein de l’OFB n’est, en effet, pas anodin, puisque la « mobilisation de la société » constitue l’une des cinq missions clefs de l’OFB. Il implique « de réunir toutes les parties prenantes », à savoir notamment les organisations non gouvernementales, les groupements de collectivités, d’entreprises ou de professionnels, les chambres d’agriculture, afin que « la biodiversité soit mieux prise en compte à tous les niveaux ». Une telle tâche nécessite une personne ayant un profil fédérateur, impartial et plutôt neutre. Exactement le contraire du pedigree d’Anne Le Strat.
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Un parcours de militante radicale
De fait, tout le parcours d’Anne Le Strat s’inscrit dans l’écologie politique décroissante. Titulaire d’un doctorat en géopolitique, elle rejoint Les Verts en 1992, pour devenir ensuite membre du conseil national, puis secrétaire générale adjointe, ainsi que coordinatrice du programme pour les Européennes de 1999. Élue conseillère de Paris en 2001, elle est écartée de la liste municipale des Verts en 2007, et, sans adhérer au Parti socialiste, devient ensuite adjointe au maire de Bertrand Delanoë, chargée de l’eau, de l’assainissement et de la gestion des canaux. En 2019, elle rejoint sa famille politique d’origine pour se présenter aux législatives de 2022 et devient membre de la direction exécutive du parti entre 2024 et la fin 2025. Enfin, en 2025, elle est élue au bureau politique des Écologistes.
Spécialisée dans les questions relatives à l’eau, elle a signé en janvier 2018 un « appel à la convergence antiproductiviste », lancé par « des objectrices-objecteurs de croissance et décroissant-e-s », qui martèle que « l’issue n’est pas du côté de l’austérité et de la croissance mais plutôt d’une rupture avec le productivisme, l’extractivisme, la foi béate dans la technoscience, l’autoritarisme, le capitalisme ».
Dans son livre intitulé Eau : l’état d’urgence (Seuil, 2023), Anne Le Strat dirige principalement ses attaques contre le monde agricole, dénonçant les tenants des mégabassines, représentants de la FNSEA « qui justifient qu’un excès d’eau se jetant inutilement à la mer devrait être prélevé pour des usages agricoles ». Non sans soupçonner, de façon quelque peu méprisante, le monde agricole d’être ignorant des cycles de l’eau. Face aux « tenants de ces superinfrastructures », elle milite pour d’autres solutions, « à rebours du modèle actuel, productiviste et extractiviste, techno-centré et court-termiste », qui consisteraient à « « renaturer » et mettre en œuvre des solutions fondées sur la nature ». Interrogée par le média Basta !, elle s’en prend en particulier aux producteurs de maïs, fustigeant « les filières de production agricole sur un mode industriel et commercial » qui seraient « très éloignées de l’alimentation des populations locales ».
Vives réactions d’indignation
Comme on pouvait s’y attendre, la nomination de cette écologiste, qui flirte avec le groupe radical Extinction Rebellion et s’oppose farouchement à toute logique « techno-solutionniste », a suscité de vives réactions. « Ahurissant ! », a ainsi commenté Emmanuelle Ducros, journaliste à L’Opinion, tandis que sa consœur du Point Géraldine Woessner a observé que « chaque année désormais, à la veille du SIA, les autorités prennent une décision aux allures de grosse gifle en pleine poire de toute la profession agricole. À ce niveau, c’est de l’art… ».
À la nouvelle de cette nomination, le sénateur d’Indre-et-Loire Vincent Louault a déclaré que cela « conforte son souhait de voir cet organisme de police politique anti-agriculteurs passer sous l’autorité du ministère de l’Intérieur pour que les abus cessent ». Quant à David Lisnard, le président de Nouvelle Énergie, il estime que « l’OFB concentre bien trop de pouvoirs sans contre-pouvoir, ce qui constitue pourtant la base de l’État de droit ». Et de conclure : « Cela aurait pu être un opérateur public impartial au service de la science et du dialogue. Il est devenu le bras armé d’une idéologie. »
Une analyse partagée par l’eurodéputée Céline Imart, qui ajoute qu’« il va falloir se pencher sur l’existence de ces agences « indépendantes » qui recasent gracieusement des militants aux frais du contribuable… », et par la députée de Maine-et-Loire, Anne-Laure Blin. « L’entrisme décroissant des écolos bobos n’a plus de limite. Et le militantisme des agences de l’Etat manifestement non plus », a-t-elle commenté. Enfin, le député Julien Dive est, pour sa part, plus radical : « Le plus simple est de dissoudre l’OFB et de proscrire le « ruissellement » d’une idéologie au sein de ce type d’agence. » Or, cette porosité entre l’OFB et la nébuleuse écologiste ne se résume pas à un simple « ruissellement idéologique » : il est aussi financier comme en témoigne la fiche du site Écolopédia consacrée à Générations Futures, cette dernière ayant obtenu de l’OFB, ces quatre dernières années, la somme de 90 000 euros ! Une somme certes modeste comparée au financement par l’OFB de France Nature Environnement qui a dépassé les 480 000 euros en 2024, dont 150 000 euros pour le fameux programme Sentinelles de la nature, qui incite à dénoncer toutes atteintes supposées à l’environnement, et que certains n’hésitent pas à qualifier de « milice de l’écologie punitive ».
Face à ces réactions, l’OFB rétorque que, Anne Le Strat étant « une professionnelle expérimentée de l’action publique dans le domaine de l’environnement », sa nomination est parfaitement légitime. Et s’empresse de conclure qu’il faut « distinguer le temps du citoyen et le temps du serviteur de l’État »… Certes, mais comme le remarque avec pertinence le sénateur Laurent Duplomb : « Quand on confie la mobilisation nationale à quelqu’un qui a soutenu les mouvements les plus agressifs envers les agriculteurs, il ne faut pas s’attendre à plus d’écoute. »

